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- Repenser l'articulation entre revendications professionnelles et horizon politique. Le défi du syndicalisme de lutte
Laurent Frajerman, professeur agrégé d’histoire, sociologue, chercheur HDR au CERLIS, université Paris Cité Cet article est paru dans Silo, le site de la Fondation Gabriel Péri Après un rappel des différentes conceptions de l’indépendance syndicale et de l’histoire des relations entre la CGT et le PCF, Laurent Frajerman questionne la politisation du syndicalisme comme réponse à son affaiblissement et moyen de le redynamiser. Face aux tendances lourdes que sont la domination des syndicats modérés majoritaires dans le secteur privé, et l’expression des salariés qui dans les enquêtes plaident pour que les syndicats se concentrent sur les revendications professionnelles, l’intervention des syndicats dans le champ politique comporte selon lui des risques de division, de radicalisation et de fragilisation. L’auteur préconise au contraire l’autolimitation du syndicalisme pour préserver les cadres communs contre l’atomisation ambiante. Le syndicalisme ne peut concevoir son action sans lui donner un sens politique plus global, humaniste et progressiste. Privé de cette dimension, il se montre incapable de fixer un horizon commun à tous les travailleurs. Sa nature même implique de réunir tous les travailleurs, comme l'indique le texte fondateur du courant Unité & Action, majoritaire dans la FSU : « c'est l'existence d'intérêts communs et non pas une communauté idéologique qui fonde le syndicat » [1] . Cette exigence d'unité interpelle : comment éviter que les débats politiques ne deviennent des ferments de division ? Schématiquement, deux conceptions s'opposent [2] . Le syndicalisme le moins critique envers le capitalisme (CGC, CFTC, certains secteurs de FO) promeut une conception stricte de l'indépendance, au risque de verser dans le corporatisme. D’autres OS prônent ce que je nomme l’indépendance d’action politique [3] . Soit dans une perspective d'amélioration partielle de la société capitaliste, avec la CFDT qui défend une conception active des rapports avec les partis, y compris de centre droit. Son indépendance se manifeste par la recherche d’un rôle moteur, comme l'illustre son Pacte du pouvoir de vivre, une alliance avec la société civile pour l'environnement. Soit pour œuvrer à une transformation profonde de la société, le syndicalisme combatif (CGT, FSU, Solidaires) estimant qu'il ne peut obtenir des résultats significatifs sans s’allier à d'autres forces, partidaires et ou associatives. Cela a pu prendre la forme d’appel à voter pour le Nouveau Front Populaire, ou encore d’une alliance structurée avec des associations marquées à gauche, l’Alliance écologique et sociale, initiée par la FSU, Solidaires et la CGT avec les Amis de la Terre, Attac, la Confédération paysanne, Greenpeace et Oxfam France. Cette recherche d’alliance est une réponse à l’affaiblissement du syndicalisme : l’agrégation de forces très diverses constituerait un atout décisif dans un affrontement avec l’Etat, qui joue toujours en France un rôle central dans les relations professionnelles. Toutefois, elle pose un second problème, illustré par le départ de la CGT de l’AES motivé par les désaccords sur l’énergie nucléaire. Lorsque des luttes distinctes - n'ayant d'autre lien qu'un horizon progressiste commun - se connectent, elles peinent à créer les alliances solides escomptées. Dans les faits, les différences de convictions et les contradictions entre combats sont nombreuses, surtout quand ils concernent les aspects sociétaux et se situent loin du domaine professionnel. C'est bien pour cela que chaque combat dispose de ses propres structures et référentiels. Le syndicalisme combatif oscille donc entre le péril de l’isolement et celui de la confusion. Dans l’histoire, les réponses à ces défis Le syndicalisme combatif s'enracine dans une tradition qui a longtemps fourni des réponses opératoires à ces enjeux, justifiant son hégémonie. Les syndicalistes liés au PCF se fondaient sur la Charte de Toulouse, adoptée en 1936, selon laquelle la CGT se réservait « le droit de prendre l'initiative de ces collaborations momentanées, estimant que sa neutralité à l'égard des partis politiques ne saurait impliquer son indifférence à l'égard des dangers qui menaceraient les libertés publiques, comme des réformes en vigueur ou à conquérir. » La courroie de transmission entre le PCF et la CGT, souvent dénoncée, fonctionnait dans les deux sens, ce qu’illustre la création du statut de la Fonction Publique. Elle résulte de la collaboration entre le ministre communiste Maurice Thorez et Jacques Pruja, secrétaire adjoint de l'UGFF, qui convainquirent les fonctionnaires CGT d'abandonner leurs réticences contre l'idée d'un statut [4] . Evidemment, une version aussi favorable aux fonctionnaires n'aurait pas vu le jour sans un rapport de force préalable. La coordination des efforts syndicaux et partidaires avait pour objectif d’obtenir des résultats concrets au service des travailleurs, en adoptant des revendications rassembleuses. Le PCF apportait la puissance de sa constellation, son influence sur des dizaines de structures associatives (Confédération Nationale du Logement, Union des Femmes Françaises, Secours Populaire etc.). Leurs directions menaient un vrai travail d'éducation militante pour « élever le niveau de conscience » sur les sujets sensibles. Cette méthode a démontré sa validité. Par exemple, la CGT associée au PCF avait mené un combat efficace contre le colonialisme, avec le mot d'ordre unificateur « Paix en Algérie ». Une autre constellation, républicaine-laïque, autour de la social-démocratie et du syndicalisme enseignant menait une action résolue d’Education populaire qui permettait elle aussi d’unifier des segments très hétérogènes de la population autour d’objectifs émancipateurs [5] . Les recompositions du paysage syndical et politique, ainsi que l'évolution des attentes des salariés, ont remis en question ces équilibres. Toutefois, la problématique demeure dans ce contexte nouveau : comment maintenir une capacité transformatrice du syndicalisme tout en préservant son unité ? Les recompositions contemporaines et leurs effets Quand ils existaient, les liens quasi-organiques entre partis et syndicats ont été coupés par les recompositions syndicale (naissances de la FSU, de l'UNSA et de SUD) et politique (affaissement du PCF et en partie du PS et de la LCR, apparition de nouveaux partis de gauche, montée de l'extrême-droite chez les salariés). Les affiliations partidaires ont perdu de leur importance au sein des OS, même si le rapport à la politique au sens général du terme reste intense chez les militants, car il fonde souvent leur propension à s'investir activement. Les militants non membres d'un parti ont d'ailleurs tendance à reporter sur le syndicat l'ensemble de leurs préoccupations, le poussant vers un rôle plus politique. Cette évolution s'inscrit dans un contexte plus large de fragilité du syndicalisme hors de ses bastions traditionnels, soulevant l'enjeu d'une implantation réajustée à un monde du travail fragmenté. Paradoxalement, le fruit le plus important du mouvement ouvrier est aujourd’hui bien plus représenté chez les cadres que parmi les personnels d’exécution. Cherchant à pallier leur baisse d’efficacité, les syndicats de lutte ont tendance à placer leur espoirs dans la politisation de leur action, après des décennies d’éloignement du champ politique, tout en s’opposant aux tentatives de réactivation des schémas léninistes par La France Insoumise. Mais le rapport de force a évolué au détriment du syndicalisme le plus combatif : sur le plan électoral, la domination des syndicats modérés est sans appel : CFDT, CGC, CFTC et UNSA recueillent 55 % des suffrages dans les entreprises privées, FO, dont le positionnement varie selon les secteurs et le contexte, 15 %. Dans la fonction publique, les forces contestataires sont mieux implantées, la CGT reste première avec 21 % des voix, et peut compter sur l'apport de la FSU et Solidaires (soit 36 % au total). En revanche, en termes de capacité de mobilisation, de nombre de militants, les syndicats contestataires surclassent les modérés. Cette tension interne au syndicalisme se double d'un décalage croissant avec les attentes des salariés. Impactés par le scepticisme ambiant, ils affichent leur désintérêt pour l'action politique et réclament en conséquence une neutralité syndicale illusoire sous bien des aspects. Ceux qui ne se syndiquent pas allèguent la politisation des OS et le souci de garder leur indépendance. L'écart a donc grandi avec les militants. Figure : avis des enseignants sur les thématiques légitimes pour les OS, questionnaire Militens, 2017 Même chez les enseignants, réputés pour leur ancrage à gauche et leurs valeurs humanistes, l'idée prévaut que le syndicalisme doit se garder d'intervenir sur ces sujets. Il est assigné par sa base à une fonction revendicative, et en partie éducative. Heureusement pour les OS qui persistent à intervenir en dehors de leur champ naturel, rares sont les syndiqués qui s'intéressent à leurs multiples prises de position. Les statistiques des sites internet de la FSU et de ses syndicats comme celles portant sur les requêtes Google démontrent le grand succès des pages concernant les renseignements sur les droits et carrières, le métier, au détriment des aspects politiques et sociétaux. Les dérives de la politisation syndicale A contrario de ces tendances lourdes, Karel Yon propose une politisation du syndicalisme comme condition à son renouveau [6] . Ceci soulève à mon sens deux interrogations. La première est que s’il devient un véritable « acteur politique », il devra assumer les difficultés inhérentes à un autre champ, notamment la nécessité de se positionner dans des débats complexes (les élus ont du pouvoir, même localement, alors que le syndicalisme est essentiellement un contrepouvoir) et des enjeux tels que la montée de l’antisémitisme à l’extrême gauche et à LFI. Ce qui ne serait pas sans conséquences…. La seconde est que, comme on a découvert l’existence d’un bon et d’un mauvais cholestérol, on peut considérer qu'il y a une bonne et une mauvaise manière d'être politisé pour le syndicalisme de combat. En effet, une forme de politisation dessert son activité et consomme beaucoup d'énergie pour des actions qui ne sont pas dans son cœur de cible. L'histoire syndicale offre un précédent éclairant sur ses dangers : à son apogée, l'UNEF syndique un étudiant sur deux, possède de nombreux restaurants universitaires et cafétérias et représente un porte-parole incontesté du milieu. Dans l'euphorie de mai 68, elle se proclame « mouvement politique de masse », et se délite rapidement au gré de ses prises de position radicales. Le syndicalisme étudiant ne s'en relèvera jamais. Aujourd'hui, la faiblesse de la mobilisation pour l'arrêt de la guerre à Gaza, malgré des conditions objectivement favorables, montre le caractère contreproductif des positions extrêmes, validées à plusieurs reprises par les syndicats de lutte, comme le refus de demander la libération des otages israéliens. Le syndicalisme combatif adopte de plus en plus les discours radicaux secrétés par chaque cause : valorisation d'autrices misandres, attribution des violences dans les manifestations de Sainte-Soline et d’ailleurs aux seuls policiers, en omettant sciemment les casseurs... Les prises de position problématiques sont croissantes, comme le communiqué de la FSU dénonçant Israël pour avoir mené « des assassinats extrajudiciaires, dont celui du dirigeant du Hezbollah », lequel s'était pourtant fait connaître par de nombreux actes terroristes, ciblant aussi des Français. Ou encore la signature par la CGT, Solidaires et la FSU d'un appel à une « marche unitaire contre les violences policières, le racisme systémique » en septembre 2024. Comme il est impossible de nier les acquis de décennies de législation antiraciste et anti discriminations, un racisme systémique, d’Etat ne peut s’expliquer que par l’attitude des agents. Des syndicats fortement implantés chez les fonctionnaires ont ainsi endossé l’idée que ceux-ci ont des pratiques structurellement racistes ! Peu importe que certains nuancent en évoquant des pratiques inconscientes, des militants indigénistes s’engouffrent déjà dans la brèche en prétendant que les enseignants sont racistes et maltraitent les enfants non blancs. Sans réaction de la FSU [7] . Ce glissement vient de loin. Les idées progressistes traditionnelles sont en effet devenues sources de divisions profondes au sein de la gauche. La laïcité est désormais un terrain de controverses, notamment autour de la notion d'islamophobie. L'antiracisme, autrefois consensuel dans le monde syndical, génère désormais des tensions importantes, du fait des théories selon lesquelles seules les personnes blanches pourraient être racistes. La prégnance de l’approche identitaire, notamment pour les aspects sociétaux conduit à « l'isolement choisi des défenseurs irréductibles de leurs propres différences irréductibles » [8] . Les théories intersectionnelles, populaires auprès de nombreux militants, ne résolvent cette difficulté qu’en surface, particulièrement quand des groupes sociologiquement hétérogènes sont censés coopérer. L'échec de la convergence entre Gilets jaunes et syndicats illustre cette problématique, révélant une divergence entre deux cultures de structuration et deux mondes sociaux. Le slogan de la « convergence des luttes » constitue la réponse plébiscitée par les syndicats de lutte et des chercheurs comme Karel Yon. L’approche vise, comme l'analysent Guy Groux et Richard Robert, à « reconnaître la pluralité des causes et des organisations » tout en « projetant un imaginaire d'unité » ⁵. Or la convergence se construit, elle ne se décrète pas. Concrètement, on assiste à une véritable substitution : au lieu de mobiliser sur les mots d'ordre qui intéressent directement le groupe concerné, ceux-ci se voient imposer des revendications plus générales, très politisées et clivantes. Des solidarités réelles n’ayant pas été créées sur le terrain, les soutiens se soustraient au lieu de s'additionner. Seul le noyau dur, partageant une idéologie commune à tous ces combats, s’y retrouve. Car la version dominante de la convergence des luttes consiste à adopter un programme d'extrême gauche « clé en main ». D'ailleurs, l'une de ses apôtres, Aurélie Trouvé, est passée d'ATTAC à député LFI. Cette problématique constitue l'une des principales raisons de l'affaiblissement actuel de nombreux mouvements sociaux. Seules certaines luttes et organisations s’associent. Quelques permanents signent des pétitions communes par dizaines et élaborent des mots d'ordre d'en haut, sans se demander s'ils sont approuvés par la base et correspondent aux objectifs de leur organisation. Élise Roullaud montre comment les experts de la Confédération paysanne utilisent les coalitions transectorielles, en profitant de leur « plus grande légitimité à s'exprimer » sur les questions agricoles « par rapport aux autres organisations novices ». [9] On retrouve ce phénomène dans le rejet par les syndicats combatifs de salariés des méga bassines, en utilisant un narratif exogène à leur champ de compétence. Si la neutralité est un aveu d'impuissance, répéter un discours venu de l'extérieur n'a pas grande utilité, faute de convaincre les premiers intéressés. Pistes pour un renouvellement des modalités politiques d'intervention syndicale Considérant la place de l’Etat dans le modèle social français et le danger que font peser sur le salariat les forces réactionnaires, fascistes, je ne plaide pas pour une neutralité politique, qui serait dangereuse. Je propose plutôt de tirer le meilleur du modèle du syndicalisme communiste qui a prouvé sa pertinence de 1936 aux années 1970, tout en actant l’indépendance d’action politique des syndicats. Actuellement, l'exigence d'indépendance est circonscrite aux seuls partis, attitude étonnante si l’on considère le rôle politique joué par des structures non partidaires. Pour moi, cette exigence doit englober l'ensemble des partenaires du syndicalisme. En effet, si la collaboration avec des associations est indispensable, cela ne doit pas conduire à des positionnements qui échapperaient au contrôle des organisations syndicales. Surtout, elle ne doit pas entraver la démocratie syndicale, je pense aux cas fréquents où les mandats des OS ne reflètent pas l'opinion de leurs membres. Dans ce cadre, il faut partir de l'ancrage du syndicalisme dans les réalités professionnelles, en développant des modalités d'intervention et des objectifs spécifiques pour limiter les clivages. Conformément à sa vocation à représenter tous les salariés, le syndicalisme doit prendre en compte la diversité des opinions, sans se positionner comme une avant-garde éclairée qui donnerait la leçon. La pertinence de l'intervention syndicale réside en effet dans sa capacité à témoigner des réalités concrètes des métiers, à développer un point de vue propre sur l’ensemble des questions. Celle du nucléaire illustre ce principe : si les syndicalistes du secteur de l'énergie sont légitimement concernés et doivent se positionner ; pour d'autres professions, adopter un mandat sur ce sujet revient à se conformer à l'opinion dominante, fluctuante au gré des événements. Le syndicalisme apporte donc une valeur ajoutée lorsqu'il se concentre sur son domaine d'expertise. Sur la question féministe, par exemple, sa contribution la plus précieuse concerne l'égalité salariale et la lutte contre les discriminations professionnelles. Cette auto-limitation du syndicalisme, loin d'être un renoncement, constitue un moyen d'agir plus efficacement pour la transformation sociale, sans se perdre dans des controverses qui fragilisent sa cohésion interne et son influence. L'avenir réside moins dans l'agrégation artificielle des mécontentements que dans la recherche de coordinations ponctuelles et situées, la diffusion de mots d’ordre rassembleurs. L'atomisation du monde du travail et de la société constitue une tendance lourde, il faut donc retisser des liens et proposer des cadres d’interprétation communs, sans nier les contradictions. Ce qui sera long. Une telle approche permettrait au syndicalisme de maintenir sa spécificité tout en contribuant efficacement aux combats pour une société plus juste et plus égalitaire. ****** [1] Unité et Action, Unité et tendances dans le syndicalisme enseignant , Paris, U & A, 1971, 103 p., p. 15 [2] Je me situe au niveau des textes d'orientation et de la stratégie globale. Il est avéré que la distinction entre divers types de syndicalisme est beaucoup moins évidente au niveau local. Jean-Marie Pernot, Syndicats : lendemains de crise ? , 2010, Folio. [3] Laurent Frajerman, « Paradoxes et usages de l'indépendance syndicale. Le cas de la Fédération de l'Éducation Nationale sous la IV° république », La Pensée , n°352, 2007, pp. 51-62. [4] Jeanne Siwek-Pouydesseau, Le syndicalisme des fonctionnaires jusqu'à la guerre froide , Presses Universitaires du Septentrion, 1998. [5] Laurent Frajerman, « L’engagement des enseignants (1918-1968) », Histoire de l’éducation , 117 | 2008, 57-96. [6] Karel Yon (dir.), Le syndicalisme est politique. Questions stratégiques pour un renouveau syndical , Paris, La Dispute, 2023. [7] Fatima Ouassak bénéficie de soutiens auprès de LFI, d’EELV (Sandrine Rousseau) et de l’intelligentsia de gauche (portraits dans Libération et France Culture , soutien d’ATTAC etc. ) [8] Guy Groux & Richard Robert, « Le spectre de la convergence des luttes », Telos, 1 avril 2020. [9] Élise Roullaud, « L'élargissement du front de la contestation de la PAC : La Confédération paysanne au sein des coalitions transectorielles ». Terrains & travaux, 2012, n° 20, 2012. p.53-68
- Mouvements sociaux de 1995 et 2023 : quand la manifestation remplace la grève
Ce post reprend la tribune parue dans le Nouvel Observateur , en la complétant sur certains aspects. Le mouvement de novembre-décembre 1995 a inauguré une série de vagues de grèves sans précédent dans notre histoire sociale. Mais pourquoi le mouvement de novembre-décembre 1995 a-t-il réussi alors que celui de 2023 a échoué ? Entre eux existent de nombreuses similarités : mot d'ordre fédérateur, ampleur des cortèges et des effectifs grévistes, soutien de l'opinion publique. Certes le contexte diffère, comme en témoigne le cas de La Poste et des télécommunications (PTT), qui constituait l'un des fers de lance du mouvement de 1995, fort de son monopole public et de sa culture syndicale (1 400 000 jours de grèves, les Journées Individuelles Non Travaillées, tous les chiffres utilisés dans ce post viennent de sources officielles). La libéralisation de la branche a profondément réduit sa capacité d'action. toutefois, des explications propres à ces mobilisations interviennent également. Mouvements sociaux 1995 et 2023 : une efficacité dépendante du rythme et de l'intensité de la lutte La première raison tient au rythme et à l'intensité de l'action engagée. Alors que la mémoire collective a retenu l'image de la France paralysée en 1995, le 7 mars marquait un tournant pour le mouvement de 2023 : l'échec du pari syndical de mise à l'arrêt du pays a brisé l'élan. Les actions qui suivirent relevèrent davantage de la protestation, de la grève d'expression que d'une lutte menée pour obtenir gain de cause. En effet, sans les cheminots et les agents de la RATP, démotivés après leur course en solitaire durant les vacances de Noël 2019, les forces des salariés protégés du secteur public ne suffisaient pas pour mettre le pays à l'arrêt. D'autant que la conflictualité avait reculé dans d'autres secteurs stratégiques comme les télécommunications ou l'énergie. L'érosion globale de la pratique gréviste se lit dans un investissement intermittent, incapable de créer la socialisation du piquet de grève. En 1995 les cheminots ont été très nombreux à s'engager dans le mouvement, avec une participation exceptionnelle des cadres. Cette ampleur obligeait les structures syndicales et incitait les salariés à s'investir pleinement. Dans les assemblées générales se tissait une certitude : le gouvernement devra céder. Cette foi dans la victoire poussait les grévistes à aller jusqu'au bout. L'arrêt de travail continu a créé un rapport de force durable, avec un effet d'entrainement sur d'autres salariés, alors que l'étalement sur 6 mois n'a pas permis d'enclencher une dynamique en 2023. Si les travailleurs protestaient massivement, beaucoup s'engageaient sans être véritablement persuadés de l'emporter. Il est difficile de se mobiliser pleinement quand c'est d'une manière intermittente et qu'on doute de l'aptitude collective à gagner. Bilan du mouvement contre la réforme des retraites de 2023, Laurent Frajerman sur France24 Ce fatalisme a essentiellement un motif politique. A partir des années 2000, tous les gouvernements adoptèrent une stratégie : ne plus céder à la rue en utilisant les rouages autoritaires de la Ve République. Les échecs de 2003 et 2010 ont pesé sur l'implication des personnes mobilisées : à quoi bon jeter toute son énergie et ses économies dans la bataille si le pouvoir ne cédera pas ? Mai 1968 illustre pourtant les risques de cette approche : une décennie d'autoritarisme gaullien a créé les conditions de l'explosion sociale. Mais les catégories mobilisées n'avaient pas vraiment le profil des gilets jaunes, elles se sont surtout exprimées dans les urnes. La résignation a aussi été nourrie par une longue préparation des esprits : les réformes de la Sécurité Sociale et de la retraite proposées par Alain Juppé survinrent quelques mois après l'élection de Jacques Chirac sur sa dénonciation de la fracture sociale. Le sentiment de trahison alimenta la mobilisation. Alors qu'Emmanuel Macron avait annoncé dès 2017 sa volonté de réformer les retraites. Le mécontentement de la population restait grand, mais la colère était moindre. Retrouver un esprit missionnaire du syndicalisme Une seconde raison tient à l'existence de déserts syndicaux, corrélée à la perte de la culture gréviste dans les entreprises privées. En 1995, les fonctionnaires d'Etat (principalement les enseignants) avaient fait nettement plus de jours de grève que l'ensemble des salariés du privé ! Dès cette époque, la « grève par procuration » apparaissait comme une double impasse : ceux qui portent la grève pour les autres s'épuisent ; ceux qui délèguent leur lutte sont déçus lorsqu'elle s'arrête en fonction des intérêts propres aux acteurs mobilisés. Néanmoins, en 2023, la part des entreprises dans la mobilisation globale, hors secteur du transport, a augmenté (33 % contre 22 % en 1995, estimation tenant compte d'un changement de mode de calcul des chiffres officiels). Ces chiffres - qui vont à l'encontre des visions déclinistes - s'expliquent par la persistance de la conflictualité. Certes, elle reste à un stade embryonnaire, les micro-résistances individuelles ne suffisent pas, mais c'est un signe intéressant. Pour l'avenir, s'il veut encourager cette tendance, le syndicalisme doit se redéployer sur le terrain. Les militants peuvent convaincre par un travail patient et ingrat de la pertinence de l'action collective organisée. Historiquement, le syndicalisme ouvrier est né des conflits du travail. Dans le cas des enseignants, c'est le syndicalisme qui a construit une culture gréviste. Cette logique peut être transposée en allant vers les travailleurs qui n'ont pas le réflexe gréviste. Des appareils syndicaux trop tournés sur eux-mêmes Troisième raison : la responsabilité des appareils syndicaux. Ils ne peuvent se contenter de reproduire les modes d'action inventés en 1995 et 2010. Les mouvements sociaux sont devenus très prévisibles, oscillant entre journée hebdomadaire d'action et incantation à la grève reconductible. Lire aussi : Tribune de Laurent Frajerman dans Le Monde , 8 janvier 2020 : "Syndicalisme : « Nous assistons à la résurgence du mythe de la grève générale »" De plus, en 1995, la base n'a pas tout délégué aux directions syndicales. De multiples initiatives sur le terrain ont contribué au succès. La rupture avec la CFDT n'avait pas empêché les secteurs professionnels acquis à la CGT, FO et la FSU de se mobiliser. En 2023, l'unité syndicale complète constituait un atout majeur. Les consignes de l'intersyndicale étaient scrupuleusement suivies. Mais la recherche d'un consensus contraignait à composer avec les cultures des organisation peu habituées aux luttes, majoritaires électoralement. Dans ces conditions, le manque de démocratie directe a constitué un facteur de passivité, en réduisant le niveau d'appropriation du mouvement par les grévistes. Pourtant, les moyens ne manquaient pas pour consulter les salariés en lutte, aider leur auto-organisation (questionnaires envoyés aux syndiqués par mail, groupes fermés, groupes sur les réseaux sociaux etc.). La manifestation prend le pas sur la grève Enfin et plus fondamentalement, le mouvement de 1995 a inauguré un cycle où la manifestation est devenue centrale. C'est elle qui scandait la mobilisation, et c'est en fonction d'elle que l'on jaugeait son succès (le Juppéthon). la cessation d'activité n'étant comptabilisée que chez les fonctionnaires. Même pour les cheminots, on ne commente plus le nombre de grévistes, mais de trains arrêtés. Tandis que l'historienne Danielle Tartakowsky évoque un modèle de manifestations appendices des grèves, ce modèle s'est inversé. Le nombre cumulé de manifestants est ainsi passé de 4 millions en 1995 à 10 millions à 2023, quand celui des jours de grève a été divisé par deux. Cependant, c'est bel et bien la grève qui avait imposé le recul du gouvernement en 1995, par sa capacité de blocage économique. La manifestation relève davantage d'un acte politique, dépendant de la bonne volonté des interlocuteurs étatiques. On l'a bien constaté en 2023 : sans perturbation économique majeure, la pression sur le pouvoir reste limitée, quelle que soit l'importance des cortèges. Par Laurent Frajerman, agrégé d’histoire et sociologue, Habilité à Diriger des Recherches, CERLIS Université Paris Cité.
- Stéphane Bonnéry : "Temps de l'enfant, rythmes scolaires : vraies questions et faux débats"
Une fois encore, la question des rythmes scolaires et des temps de l'enfant revient sur le devant de la scène. Au printemps 2025, Emmanuel Macron a lancé une Convention citoyenne sur le sujet, réactivant des débats qui ressurgissent de manière cyclique. C'est dans ce contexte que paraît un ouvrage collectif dirigé et présenté par Stéphane Bonnéry [1] qui propose de rompre avec cette "amnésie organisée" en mettant en valeur cinquante ans d'analyses critiques sur ces réformes récurrentes. La thèse de cet ouvrage engagé est forte : alors que chaque nouvelle réforme se présente comme une découverte, les mêmes arguments sont mobilisés depuis des décennies - "rythmes biologiques", "besoins de l'enfant", "fatigue scolaire" - sans jamais tenir compte des recherches accumulées qui ont pourtant déconstruit ces catégories. Cette répétition n'est pas fortuite selon les auteurs rassemblés : elle masque des objectifs constants de réduction du périmètre de l'école publique, de limitation de la dépense publique et de développement du marché éducatif privé. Une archéologie critique des débats éducatifs Disons-le d’emblée : ce livre est de bonne facture et de lecture agréable. Régulièrement, les texte sont résumés et une présentation rappelle leur contexte de rédaction. Il se structure en deux parties complémentaires. La première, rédigée par Stéphane Bonnéry - professeur en sciences de l'éducation à l'Université Paris 8 et directeur de la revue La Pensée - propose une synthèse actualisée s'appuyant sur 25 ans de recherches au sein de l'équipe ESCOL. On retrouve ainsi l’opposition aux notions de "handicap socio-culturel", de "rythmes propres" ou de "compétences" individuelles, analysées comme des variantes d'une idéologie fataliste qui naturalise les capacités des enfants. La seconde partie rassemble des textes choisis publiés entre 1969 et 2025, constituant une véritable archéologie des arguments critiques développés face aux réformes successives. Stéphane Bonnéry documente d’abord la perte massive d'heures d'enseignement depuis vingt ans, particulièrement avec la suppression des cours du samedi matin à l’école primaire en 2008, qualifiée de "Munich pédagogique" par Antoine Prost dans un article célèbre reproduit dans le volume. L'ouvrage établit une corrélation forte entre réduction du temps scolaire et accroissement des inégalités. C’est l’évidence, même s’il est difficile de mesurer la part de ce problème dans la crise du système scolaire, qui est multifactorielle (évolution sociologique des publics, place des écrans, transformation des pratiques pédagogiques, fragmentation croissante du système). L’auteur interroge ensuite la notion de "complémentarité" entre école et loisirs. Il montre comment l'externalisation d'activités accroît les inégalités, grâce à des données précises (le public des conservatoires est composé à 73% d'enfants de cadres contre 5% d'enfants d'ouvriers). Enfin est critiquée la notion floue de "besoins biologiques" mobilisée dans les documents préparatoires à la Convention citoyenne. En effet, les élèves les plus performants sont précisément ceux qui ont les emplois du temps les plus chargés. Une tradition intellectuelle cohérente et non dogmatique La seconde partie du livre est l'occasion d'exhumer une tradition intellectuelle riche sur les questions de l'école, alimentée par des enseignants et intellectuels communistes. La majorité des textes proviennent de deux revues liées au PCF : L'École et la Nation (1951-2000), éditée à destination des enseignants, et La Pensée , revue pluridisciplinaire créée en 1939 par des intellectuels marxistes et rationalistes. Cependant, l'ouvrage inclut également des contributions de chercheurs comme Antoine Prost ou Éric Plaisance qui ne relèvent pas de cette famille politique, ainsi que des syndicalistes. Ce qui les rassemble est un même point de vue critique sur les politiques éducatives menées et un ardent parti pris en faveur de la démocratisation scolaire. Le titre est explicite de ce point de vue, qui distingue les « vraies questions » des « faux débats ». Les textes rassemblés révèlent la permanence des analyses depuis les contributions pionnières de Jacques Beauvais (1969, 1975) sur les notions de "besoin" et de "rythme". L'article fondateur de Lucien Sève "Les dons n'existent pas" (1964) structure l'ensemble. L’ouvrage nous livre d’ailleurs sa suite, centrée sur le sujet du livre : « Rythmes : SOS élitisme », écrit en 1989. Cette unité de réflexion d’auteurs divers, sur plus de cinquante ans s’explique par une confrontation continue aux mêmes mécanismes idéologiques qui, sous des habillages rhétoriques variables, poursuivent des objectifs identiques. La cohérence argumentative du livre n'est pas synonyme d'uniformité : les différents auteurs apportent chacun leur éclairage spécifique. On peut d’ailleurs noter certaines tensions. Sur la question de la fatigue scolaire notamment, les positions oscillent entre négation du phénomène (présenté comme alibi) et réinterprétation (manque d'entraînement plutôt qu'excès de travail). François Brunet reconnaît une fatigue réelle tout en critiquant les solutions proposées, tandis que d'autres auteurs semblent minimiser le phénomène. Une belle citation de Célestin Freinet est rappelée par Jean-Yves Rochex : « Il est admis officiellement que le jeune enfant ne peut pas travailler plus de 40 minutes, et qu’il faut ensuite, dans toutes les classes, 10 minutes de récréation. Or, nous constatons expérimentalement – et cette constatation ne souffre que fort peu d’exceptions – que cette règle scolastique est fausse : lorsqu’il est occupé à un travail vivant qui répond à ses besoins, l’enfant ne se fatigue absolument pas et il peut s’y appliquer pendant deux ou trois heures » [2] . Une contribution essentielle à l'étude des rythmes scolaires La force principale de l'ouvrage réside dans sa capacité à historiciser des débats présentés comme techniques, révélant leurs soubassements idéologiques et politiques. En montrant comment les mêmes arguments reviennent cycliquement sous des formes à peine renouvelées, il dévoile une stratégie politique de long terme visant à transformer l'école républicaine en marché éducatif segmenté. On retrouve ainsi plusieurs fils conducteurs : L'inversion causale systématique : les politiques éducatives prennent les conséquences pour des causes, attribuant à la nature des enfants ce qui résulte de leur socialisation différenciée. Cette confusion permet de justifier le renoncement à l'égalité au nom du "respect" des différences. Le brouillard des mots : les notions de "rythme", "besoin", "compétence" fonctionnent comme des "catégories-écrans" dont le flou permet de jouer sur des registres différents (biologique, psychologique, social) pour naturaliser les inégalités. L'éducation à la diète : derrière les arguments pédagogiques se cachent des enjeux économiques majeurs : réduction de la dépense publique, développement du marché éducatif privé, transfert de charges vers les collectivités locales et les familles. La fracture sociale programmée : l'individualisation des parcours et la limitation des objectifs scolaires participent d'un projet politique de segmentation sociale, empêchant la construction d'une culture commune nécessaire à la cohésion républicaine. Du fait de son objet précis, cette publication ne développe pas de propositions alternatives pour la démocratisation scolaire. Elle reste à un certain niveau de généralité, exigeant l'augmentation du temps scolaire et évoque la nécessité de "conditions matérielles, concrètes et pédagogiques" sans les détailler. Son apport est ailleurs, dans cette idée-force : les réformes des rythmes scolaires servent de véhicule à des transformations structurelles qui accroissent les inégalités sous couvert de les combattre. Elle offre une plongée dans l’histoire, qui permet notamment de constater que la convergence entre une forme de rhétorique progressiste et les politiques néolibérales est ancienne. Et les apports sociologiques affinent ce constat à l’aune des enjeux actuels. Par exemple, le chapitre du syndicaliste Alfred Sorel est particulièrement visionnaire par sa dénonciation dès 1988 de la notion de "compétences", vue comme un instrument de déqualification des diplômes. Les arguments de Jean-Yves Rochex contre la théorie du handicap socio-culturel, formulés en 2000, résonnent toujours aujourd’hui (explication par défaut qui dispense de s’interroger, mise en garde contre deux écueils symétriques : l'ethnocentrisme et le relativisme radical, qui, sous prétexte de "respect" des différences, peut nourrir "une logique d'assignation à résidence culturelle" etc.). ************** En définitive, cet ouvrage constitue une ressource précieuse pour comprendre les véritables enjeux des débats sur les temps de l'enfant, au-delà des mystifications récurrentes. Le souci de rendre accessible les documents présentés est appréciable. La démonstration de l'usage idéologique de catégories pseudo-scientifiques est solidement étayée. Sa lecture permet de prendre la mesure de la permanence des mécanismes à l'œuvre et de la nécessité de maintenir une vigilance face aux réformes qui, sous des habillages modernistes, poursuivent le démantèlement de l'école républicaine. Cela donne d’ailleurs envie de prolonger l'analyse par des comparaisons internationales, tant il semble que ce débat relève de l’exceptionnalité française. Au fond, ce livre démontre que la tradition intellectuelle qu'il met en valeur et actualise reste pertinente pour penser les défis éducatifs contemporains. Ouvrage disponible également sur Cairn : https://shs.cairn.info/temps-de-l-enfant-rythmes-scolaires--9782375260784? [1] Stéphane Bonnéry (dir.), Temps de l’enfant, rythmes scolaires : vraies questions et faux débats , éditions de la Fondation Gabriel Péri, 2025, 249 p. [2] Célestin Freinet, Les invariants pédagogiques (1964), in Pour l’école du peuple , Paris, Maspéro, 1969.
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- Engagement, militantisme | L. Frajerman
Publications sur le syndicalisme, le militantisme politique et associatif, les valeurs des enseignants. De la IIIe République à nos jours. Engagement/militantisme Syndicats, associations, relais politiques : comment les enseignants s'organisent-ils collectivement pour résister à leur déclassement ? Cette page est consacrée à l'histoire et la sociologie du surengagement enseignant, phénomène qui s'inscrivait dans une configuration sociale particulière : métier de classe moyenne, rôle de médiateurs culturels dans la population. Les enseignants se trouvaient au cœur du dispositif du centre gauche. Ce modèle a perdu sa cohérence : désyndicalisation, déception politique, perte de sens du métier ont transformé les modalités de militantisme. Des publications et interventions médiatiques de tout format esquissent une alternative : engagement 2.0 ou désespérance ? Le militantisme d’autres professions est analysé à la lumière de ce corpus. Toutes les publications sur le militantisme Livres Livre : syndicalisme enseignant sous la IVe République Présentation et livre gratuit Livre : La FEN (1928-1992). Histoire et archives en débat Présentation et livre gratuit Blog / Engagement Contribuer à transformer la société en respectant l’indépendance syndicale ? L'indépendance syndicale est en mutation. Comment collaborer avec les partis et associations sans être clivant ? Exemples de publications Tribune Comment conserver l'unité syndicale du mouvement contre la réforme des retraites ? L'intersyndicale unitaire du printemps 2023 a démontré la force du syndicalisme regroupé face à une réforme contestée. Comment pérenniser cette unité d'action à travers des objectifs communs durables ? Avec des cadres de dialogue régularisés, des actions communes pour dépasser les divisions historiques. Libération, 11 septembre 2023 Lire Article La syndicalisation : un champ d'expérimentation et d'innovation La syndicalisation demeure un enjeu stratégique. Malgr é des difficultés générales, le syndicalisme enseignant persiste grâce à son efficacité protectrice et au renouvellement militant. Contrairement au fatalisme, des expériences de terrain montrent qu'une approche réflexive de l'adhésion et du travail militant, attentive aux besoins des salariés, crée les conditions du développement syndical. Regards croisés, n°26, avril-juin 2018, 9-14 Lire Interview "Non, l'école n'est pas raciste" : un enseignant interpelle la Primaire populaire Face aux accusations de racisme systémique à l'école brandies par des militants intersectionnels, le diagnostic est remis en cause : l'échec scolaire résulte de déterminants sociaux, pas d'une hostilité délibérée des enseignants. Une rhétorique stigmatisante envers une profession où l'extrême droite reste minoritaire est risquée. L'Express, 27 janvier 2022 Lire Chapitre d'ouvrage Représentation et prise en compte du pluralisme dans le syndicalisme français : l'originalité de la FEN (1944-1968) Le système de tendances de la FEN est un modèle paradoxal. En officialisant le pluralisme interne et les élections proportionnelles, il garantit l'expression de minorités tout en les enfermant dans l'impuissance par l'homogénéité des exécutifs. Cette architecture révèle les tensions incontournables entre démocratie interne et efficacité syndicale. Frajerman et al (dir.), La FEN (1928-1992): histoire et archives en débat, 2010, 141-151 Lire Radio-Vidéo France Culture, Etre & savoir , 18 avril 2022, « L'éducation entre deux tours » France Info, 5 février 2020, E3C, esprit frondeur Lire la vidéo Lire la vidéo 26:03 Après un Premier mai en demi teinte, marqué par le retour de la division syndicale, peut-on tirer un trait sur le #syndicalisme en France ? Ce débat nuance cette idée, en montrant la variété des situations. L'accalmie actuelle des mouvements sociaux est à comparer avec les grèves puissantes aux USA et dans d'autres pays. Mais le syndicalisme se heurte à des difficultés structurelles. Débat avec Michel Noblecourt (journaliste au Monde), Emilie Zapalski et Laurent Frajerman, animé par Camille Grenu, 3 mai 2025, Arrêt sur info, FranceInfo TV #CGT, #CFDT, #FSU, #UNSA, #CGC, #FO Lire la vidéo Lire la vidéo 02:40 Eric Brunet vs Laurent Frajerman : les syndicats sont-ils dépassés par de nouveaux mouvements sociaux ? "Les syndicats ne maîtrisent plus grand-chose, y compris leur propre cortège" affirme Eric Brunet. Face à l'émergence des Gilets jaunes et de Nuit Debout, ces mouvements qui "ubérisent" la contestation, les organisations syndicales semblent dépassées. Les nouveaux contestataires n'hésitent pas à les critiquer frontalement. Je nuance ce constat alarmiste. D'abord, il ne faut pas mythifier le passé : il y a toujours eu des mouvements parallèles, comme les coordinations de cheminots dans les années 80 ou celles dans la santé. Ensuite, les chiffres parlent : jamais les syndicats n'ont mobilisé autant de manifestants qu'en 2023. Leur force ne se mesure pas qu'au nombre d'adhérents mais à leur capacité de mobilisation, outre les secteurs où ils restent très implantés. Enfin, un mouvement comme Nuit Debout a surtout capté l'attention des médias, sans aucune suite. Le vrai enjeu pour le syndicalisme à mon avis ? Comment capter l'énergie de ces nouveaux mouvements sans réagir de manière trop bureaucratique ni être trop prévisible. Lire la vidéo Lire la vidéo 01:29 La composition du champ syndical avantage les organisations modérées. Le bloc plus combatif a un leader clair, la CGT, alors que la concurrence est plus vive entre CFDT, CFTC et UNSA. Laurent Frajerman dans l'émission Sens Public de Public Sénat, interviewé par Thomas Hugues (extrait), 20 avril 2023 Emission complète ici : https://www.publicsenat.fr/emission/sens-public/laurent-berger-quitte-la-cfdt-bachar-el-assad-rehabilite-232109 CGT, CFDT, FSU, FO, CFTC, UNSA, Solidaires, élections professionnelles, représentativité Lire la vidéo Lire la vidéo 02:35 Le 1er mai, un "prisme déformant" pour comprendre le syndicalisme français ? Cette journée internationale et politisée masque la réalité du fait syndical contemporain, qui se vit au quotidien dans les entreprises et services, au plus près des salariés, avec une activité de terrain appréciée par ces derniers. Cependant, les salariés vivent une période d'attente et d'atonie face aux incertitudes économiques - inflation, situation internationale avec Trump, plans de licenciement. Cette attente pourrait déboucher sur de la colère, sur l'idée que "c'est toujours les mêmes qui payent", mais les syndicats peinent à transformer cette tension en revendications unifiées. Dans un contexte de recul syndical et de divisions persistantes, les organisations retombent dans leurs ornières, chacune dans son silo. Une analyse qui interroge la capacité du mouvement syndical à répondre aux défis contemporains du monde du travail. Interview de Laurent Frajerman par Christophe Moulin, #LCI, 1 mai 2025 CGT, CFDT, FSU, FO, UNSA En voir plus BFMTV podcast, 25 janv 2024, Jérôme Bayle paysan
- Mouvements sociaux | L. Frajerman
Analyses sur les grèves, la surconflictualité enseignante. Les luttes pour les salaires et contre des réformes : baccalauréat, lycée, rythmes scolaires... Mouvements sociaux Grèves, manifestations, blocages : quelles stratégies de lutte fonctionnent, et dans quel contexte ? Cette page rassemble des analyses sur la conflictualité, des vagues de grèves aux mouvements horizontaux, et souvent plus radicaux, nés sur internet. Les répertoires d'action se transforment : si un professeur fait quatre à cinq fois plus grève qu'un salarié du privé, la journée d’action des fonctionnaires a perdu son efficacité. Des études inédites, tant sur les biais des chiffres officiels (qui sous-évaluent systématiquement les taux de grève) que sur les profils d’enseignants : 25% de grévistes réguliers, 35% d'occasionnels, 20% d'exceptionnels. Un siècle de mobilisations à la loupe, de l'institutionnalisation de la grève dans l'entre-deux-guerres aux recompositions contemporaines. Toutes les publications sur les mouvements sociaux Livre : La grève enseignante, en quête d’efficacité Présentation Blog sur les grèves Mouvements sociaux de 1995 et 2023 : quand la manifestation remplace la grève Grève reconductible ou manifestation massive : quelle stratégie gagnante ? Le mouvement social de 1995 comparé à celui de 2023 pour comprendre les conditions du succès Grèves de fonctionnaires : les conditions du succès A quelles conditions les syndicats de fonctionnaires peuvent-ils réussir une grève majoritaire ? Lire la vidéo Lire la vidéo 14:28 Décryptage à deux voix : politisation et syndicalisme face au mouvement du #10septembre 46% des Français soutenaient le mouvement "Bloquons tout" selon un sondage de La Tribune, un chiffre paradoxalement plus faible que l'impopularité d'Emmanuel Macron qui tournait autour de 60-70%. Lors de cette émission, nous avions analysé avec Sylvain Boulouque en quoi cette différence révélait déjà les limites du mouvement : récupération politique par La France insoumise dès la mi-août, décrochage des militants qui l'avaient initialement lancé, mots d'ordre et modalités floues. Notre échange entre spécialiste des radicalités politiques et du syndicalisme avait permis de décortiquer les différences cruciales avec les Gilets jaunes de 2018. Contrairement à ce mouvement horizontal et apartisan, "Bloquons tout" fut rapidement accompagné par des organisations partisanes et syndicales, perdant sa spontanéité. Le 10 septembre a confirmé nos analyses : entre "militantisme du clic" et succession d'échecs depuis 1995, le mouvement social français traverse une crise profonde. Echange entre Sylvain Boulouque & Laurent Frajerman animé par Camille Grenu, France info TV, 7 septembre 2025 Lire la vidéo Lire la vidéo 03:53 C'est le retour des agriculteurs. Leur mouvement, populaire, s'oppose frontalement aux demandes des militants écologistes. Comment expliquer que l'antériorité de leur combat pour le climat ne leur permette pas de convaincre les paysans et l'opinion ? Interview sur FranceInfoTV par Jean-Baptiste Marteau, 26 mai 2025 Lire la vidéo Lire la vidéo 01:01 Le ministère de l'Education nationale minorise systématiquement les chiffres de grève des enseignants. Le mécanisme est décortiqué ici. Laurent Frajerman à @LCI midi, avec Claire Fournier dans l'extrait et Arlette Chabot, présentateurs : Christophe Moulin et Anne Seften, 28 mars 2023. #Transparence, #grève enseignante, #CADA Lire la vidéo Lire la vidéo 02:24 Le répertoire d'action des militants écologistes se veut ludique, mais flirte aussi avec des formes plus radicales, minoritaires. En témoigne le blocage de l'autoroute A 13 par des manifestants écologistes. Analyse de Laurent Frajerman, interviewé par Ronald Guintrange. Plateau de 17 h de @BFMTV Story, 7 mai 2023. Les Soulèvements de la Terre, nouveaux mouvements sociaux, radicalité Version intégrale ici : www.bfmtv.com/replay-emissions/bfm-story-week-end/story-1-rouen-des-militants-ecolos-envahissent-l-a13-07-05_VN-202305070302.html Lire la vidéo Lire la vidéo 01:53 Emmanuel Macron a fait un tort considérable au #DialogueSocial, par son rejet des corps intermédiaires. Cela a généré de l'anarchie, qui fait que le gouvernement s'inquiète pour les Jeux Olympiques. Le gouvernement est prêt à augmenter les policiers, mais pas les autres fonctionnaires... Tout dépend pour les syndicats de leur capacité de blocage. Laurent Frajerman interrogé par Ronald Guintrange, @BFMTV story, 17 h, extrait Lire la vidéo Lire la vidéo 03:01 La grève des contrôleurs de la SNCF suscite de nouvelles propositions de restriction du droit de grève, avec l'idée de l'interdire pendant les vacances. Ce qui serait une régression sociale. Visio dans le Déj info @BFMTV , 15 février 2024 , extrait, interviewé par Ashley Chevalier. Constitution, droit de grève, liberté de circulation En voir plus Exemples de publications Tribune Trente ans après, quelles leçons tirer des grandes grèves de 1995 ? Le succès de 1995 face à l'échec de 2023 révèle que seul le blocage économique impose un recul gouvernemental, la manifestation devenue centrale n'exerçant qu'une pression politique limitée. L'unité syndicale de 2023 a paradoxalement généré de la passivité, tandis que le fatalisme hérité des échecs depuis 2003 empêche l'engagement intense nécessaire à la victoire. Le Nouvel Obs, 3 décembre 2025 Lire Tribune Syndicalisme : "Nous assistons à la résurgence du mythe de la grève générale" La résurgence du mythe de la grève générale réactive un modèle ouvrier mais crée une désynchronisation avec les fonctionnaires qui luttent par journées d'action planifiées : les salariés SNCF/RATP se retrouvent isolés pendant les vacances tandis que la grève reconductible avorte chez les enseignants. Les deux cultures de lutte sauront-elle converger ? Le Monde, 8 janvier 2020 Lire Article scientifique Le syndicalisme enseignant français et la grève : normes et normalisation d'une pratique (1948-1959) Les syndicats enseignants passent d'une grande timidité face aux arrêts de travail à l'organisation quasi-systématique de grèves. Plusieurs types de grèves émergent (interruptions limitées, fonction publique, d'examens), cristallisant les divisions internes. La grève se construit ainsi comme norme syndicale Paedagogica Historica, international journal of the history of education, vol. 44, octobre 2008, 543–554 Lire Interview Taux de grévistes : une application pour instaurer un biais de calcul Le ministère exclut du décompte les enseignants sans cours ce jour-là, rendant mathématiquement impossible d'atteindre 100% de participation. Cette méthodologie minore mécaniquement le taux de grève. L'administration institue une opacité statistique. Cafépédagogique.fr, 23 janvier 2023 Lire Interview Grève dans l'éducation : « Un appel unitaire encourage les grévistes réguliers à participer » L'unité syndicale exerce son effet de boussole auprès des grévistes réguliers mais se révèle insuffisante pour déclencher une mobilisation massive. La crainte du "coup pour rien" bride la dynamique. Le Monde, 12 novembre 2018 Lire
- Tribunes sur l'éducation | Laurent Frajerman
Toutes les tribunes qui décortiquent le système éducatif, les enjeux pédagogiques, le métier enseignant. Tribunes sur l'éducation Tribunes publiées dans le Monde, et d'autres journaux Groupes de niveau de Gabriel Attal La réforme Attal, dénoncée comme ségrégative, a paradoxalement rendu visible une grande difficulté scolaire occultée, révélant l'impasse d'une institution qui reporte sur les enseignants la responsabilité de l'échec sans leur fournir d'outils de remédiation viables. Marianne, 14 novembre 2025 Lire La défiance des enseignants envers leur ministre est un handicap pour ses réformes Quand une large majorité d'enseignants ne croit plus à la parole du ministre, même les mesures utiles suscitent suspicion. Cette défiance ne relève pas d'un réflexe corporatiste, mais d'une expérience accumulée de réformes imposées et déstabilisantes. Sans rétablissement de la confiance, toute politique éducative se heurte à un plafond de verre. Le Monde, 8 décembre 2020 Lire Crise du recrutement des enseignants : « On peut craindre qu'un point de non-retour ait été atteint » La chute des candidatures révèle une crise d'attractivité structurelle : salaires stagnants, concours tardifs, conditions de travail dégradées. L'idée même de vocation ne suffit plus à compenser ces handicaps objectifs. Le risque est d'entrer dans un cercle vicieux où la pénurie rend le métier encore moins désirable. Le Monde, 31 mai 2022 Lire Si le récit égalitaire perdure, l'Etat organise une forme d'optimisation scolaire Le discours officiel continue de célébrer l'égalité des chances, tandis que les politiques segmentent de plus en plus les publics. Options, sectorisation, place du privé composent une optimisation des trajectoires pour les mieux dotés. L'écart entre récit et réalité compromet la légitimité de l'école républicaine. Le Monde, 16 janvier 2024 Lire Baccalauréat : « Officiellement, tous les élèves sont bons. Une vérité alternative L'inflation des notes et le contrôle continu fabriquent une égalité de façade tout en rendant illisible le niveau réel des élèves. Les consignes de « bienveillance » dénaturent le bac en empêchant la fonction de sélection d'opérer. Restaurer un examen national exigeant est une condition pour retrouver des repères, pour les familles comme pour le pilotage du système. La Croix, 4 juillet 2025 Lire L'accompagnement, un levier pour enrichir les pratiques enseignantes L'accompagnement permet de travailler sur les pratiques réelles, loin des prescriptions abstraites de la formation descendante. À condition d'être fondé sur la confiance et le volontariat, il soutient l'expérimentation plutôt que le contrôle. L'Humanité, 7 mai 2013 Lire Espérons que le nouveau ministre de l'éducation se rendra à l'évidence : tout ne peut pas se gouverner par les nombres La montée en puissance des indicateurs transforme les élèves en données et les enseignants en exécutants de tableaux de bord. Les chiffres deviennent arguments d'autorité pour imposer des réformes discutables. Or ce qui compte le plus – confiance, sens du métier, apprentissages réels – échappe largement à la quantification. Le Monde, 31 mai 2022 Lire Baccalauréat : Pourquoi il ne faut pas pérenniser le contrôle continu Le contr ôle continu fragmente le bac en évaluations locales, sensibles aux pressions et aux contextes sociaux, sans garantie d'équité. Les inégalités deviennent moins visibles mais plus profondes, car inscrites dans la réputation des lycées. Maintenir un examen terminal commun reste une condition minimale d'égalité de traitement. Le Monde, 23 juin 2020 Lire Le phénomène #pasdevagues doit sa force à l'agrégation de colères hétérogènes #pasdevagues agrège des expériences différentes – violences envers les professeurs, injonctions paradoxales, réformes mal vécues – plutôt qu'un programme cohérent. Sa puissance vient de cette convergence d'indignations locales en récit national. Mais son absence de structuration rend difficile des transformations durables. Le Monde, 14 novembre 2018 Lire





