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  • Ce que l’IAG change au métier de chercheur isolé en Sciences Humaines et Sociales

    L'usage de l'IAG par les chercheurs en SHS reste une boîte noire, surtout quand il ne s'inscrit pas dans l'activité officielle d'un laboratoire. Ce billet décrit un exemple concret. Il est la version académique d'un article paru dans www.scienceshumaines.com. Un système qui dépasse l'usage ponctuel du chercheur en SHS Travailler avec l'IA dans une relative incertitude Connaître le fonctionnement du LLM pour le maîtriser Conclusion Petit à petit, l’intelligence artificielle générative (IAG) infuse la recherche en sciences sociales[1]. En raison d’abord de la diminution du coût d’apprentissage, puisqu’elle emploie le langage ordinaire. Mais également parce qu’elle ne se contente pas de perfectionner les instruments empiriques du chercheur et prend en charge des tâches qui relevaient jusqu’ici directement de son travail intellectuel[2]. De ce fait, il est urgent de rendre transparents ces usages et de les soumettre à l’examen de la communauté académique. Dans cet esprit, je propose d’aborder la mutation de mon travail de chercheur. Si les fonctions de rédaction, de synthèse ou de traduction sont bien connues, je décrirai mon utilisation de Claude Opus 4.6 puis 4.7 pour une enquête en méthode mixte : l’analyse de 512 réponses ouvertes au questionnaire Militens[3] (versant qualitatif), confrontées de manière inductive aux réponses fermées pour aboutir à leur recodage et à donc des statistiques (versant quantitatif). L’objectif était de confronter le discours au profil du répondant, ce qui supposait de croiser les verbatim des réponses ouvertes avec 115 variables uniques, croisement impraticable à la main. L’IA générative se prête à deux usages. Le premier, le plus tentant, est agentique : la machine se voit confier des chaînes de tâches qu’elle mène seule, sous une surveillance minimale. Cela suppose des moyens, une équipe et une pratique de la programmation dont le chercheur isolé est dépourvu, sans compter un accès au LLM par API (interface de programmation) permettant de l’adapter à ses besoins. Et déléguer l’interprétation à des agents trop autonomes ne revient-il pas à renoncer au métier de chercheur, l’analyse sociologique perdant ce qui fait sa valeur : la création[4] ? J’ai donc opté pour le second usage, dialogique, qui maintient le modèle dans la position d’assistant : il produit et met en forme, le chercheur juge et réoriente ; celui-ci pose le questionnement, le modèle le relance par ses propositions. Aucune décision n’est arrêtée sans validation, et le chercheur demeure le véritable auteur de l’analyse. Mais comment s’opère concrètement cette division du travail ? Un système qui dépasse l'usage ponctuel du chercheur en SHS Le travail avec mon modèle de langage (LLM) se distingue par l’accumulation dans le temps et la personnalisation du corpus. Un projet, espace dédié à une mission précise, réunit les données, dont les articles, un fichier d’exemples, un prompt analytique et un prompt de vérification. Le plus étonnant est la capacité de Claude à se représenter cette relation de travail : dans la mémoire du projet, une note du modèle relève que l’auteur fournit « des corrections directes et précises » et « souvent ses propres versions réécrites comme modèle d’autorité » quand les propositions manquent la cible. Le prompt et les conversations sont les dépositaires de la méthode, avec une traçabilité supérieure à celle des analyses qualitatives, où le cheminement interprétatif reste peu visible. La conservation de l’intégralité des conversations et donc des méthodes réellement appliquées permet de suivre la sédimentation des choix opérés. Ainsi, j’ai constaté que les exemples fournis au LLM ne correspondaient plus à mes exigences, qui avaient insensiblement augmenté ! La formalisation du processus en accroît la maîtrise. Travailler avec l'IA dans une relative incertitude Cet aspect compte d’autant plus qu’un modèle de langage relève d’un régime probabiliste, non déterministe : à la différence d’un script, une même requête peut, d’une session à l’autre, produire des réponses différentes, sans compter les fameuses hallucinations. De là une double parade : vérifier, par un échantillon tiré au hasard mais aussi demander au modèle d’évaluer chacun de ses propres codages, les cas incertains étant systématiquement contrôlés par le chercheur[5]. Toutefois, le risque subsiste, car les LLM évoluent en permanence et la reproductibilité n’est jamais garantie, une version pouvant disparaître du jour au lendemain[6]. À l’échelle de l’enquête, les changements de version ont néanmoins apporté un progrès. Les erreurs factuelles et les contresens ont aussi reflué à mesure que le projet accumulait les données et les exemples. Cet environnement personnalisé restreint le champ des erreurs possibles, notamment parce que le LLM s’appuie sur les documents fournis plus que sur des données d’entraînement sans garantie de qualité. Connaître le fonctionnement du LLM pour le maîtriser Dans une boucle permanente de rétroaction, les prompts ont été réécrits plusieurs fois par le LLM sur mes instructions (5 fois actuellement pour le prompt initial), chaque version tentant de rectifier les erreurs de la précédente. Co-rédiger les prompts est essentiel, parce que le chercheur en SHS ne raisonne pas comme le LLM auquel les instructions sont destinées, et celui-ci peut de son côté mal interpréter les intentions du chercheur. Pour autant, le processus d’itération comporte un risque régressif : signaler une erreur ponctuelle peut conduire le modèle à simplifier toute l’analyse plutôt que le seul point visé. Il est donc essentiel de comprendre le fonctionnement du LLM. Par exemple, pour mettre en forme un document de plus de deux cents pages, le modèle a, sept sessions durant, tenté d’écrire un programme corrigeant automatiquement les erreurs que j’avais repérées, alors que je lui demandais une lecture ligne à ligne. La logique de moindre effort de ce contournement est limpide... C’est en surveillant les étapes de raisonnement qu’affiche Claude en temps réel que j’ai découvert l’origine du dysfonctionnement. Depuis, j’ai proscrit explicitement ce raccourci (au risque que le LLM applique superficiellement un prompt devenu trop long)[7] et je vérifie comment la machine déclare procéder. Stimuler l’IAG s’avère nécessaire pour qu’elle ne se contente pas du travail minimum. Autre piège, la sycophancie[8] : le modèle abonde dans le sens de l’utilisateur, jusqu’à reproduire sa posture intellectuelle. Je privilégie le repérage des tensions, il s’est mis à proposer des paradoxes partout... Au fond, cette façon de travailler modifie les opérations mentales du chercheur. L'effort ne disparaît pas, il migre de la production vers l'évaluation et la gestion des tâches[9]. Le travail se fait moins par lente imprégnation des données, comme le veut la tradition qualitative, et davantage par bonds et par explicitation. Car pour que le LLM soit opérationnel, il faut lui fournir des exemples et prescrire des règles qui, dans une recherche classique, restent tacites, enfouis dans les micro-arbitrages du praticien. Les défaillances du modèle imposent également cet effort d’explicitation. Ma demande était exigeante : dans un premier temps, produire des fiches pour chaque répondant avec une analyse précise fondée sur un choix de variables induit par le verbatim. Il a fallu l’objectiver pour combattre la pente tenace de l’IAG à produire un descriptif assorti d’une compilation de variables, toujours issues des mêmes questions. J’ai donc dû rédiger un guide des variable pour repérer leur usage et une grille de quatorze règles pour que l’IAG auto-corrige ses fiches. Dans un second temps, je lui demandais de catégoriser les fiches, afin de transformer les verbatim en une variable unique, j’ai donc dû apprendre au LLM à le faire au moyen d’un document recensant vingt principes de codage. Tous ces documents ont été co-rédigé avec lui bien entendu, et sont bien utiles pour mettre au jour ce qui se faisait sans être dit. Conclusion Au terme de l’expérience, ces garde-fous garantissent que le gain de temps considérable permis par le LLM n’altère pas la qualité du travail. Les documents conçus pour guider la machine forment un appareil méthodologique transférable et constituent une étape analytique. Même s’il doit prendre garde à ne pas trop externaliser, pour conserver son intuition sociologique[10], considérer le LLM comme un assistant contraint le chercheur à expliciter ses propres opérations interprétatives. Les suggestions de ce sparring-partner agissent comme des relances stimulantes, même en cas de désaccord. On pourrait qualifier le résultat de méthode qualitative augmentée, l’écart avec le quantitatif se resserrant. Cependant, si le coût d’entrée est faible, il reste nécessaire d’apprendre l’ingénierie du prompt : l’art de formuler les consignes et de choisir les exemples avec assez de précision pour guider ce qui reste une machine. Laurent Frajerman, Chercheur HDR au Cerlis Université Paris Cité [1] Christophe Hurlin et Chantal Marlats, L'IA générative va-t-elle transformer la recherche en économie ?, blog de l’Association Française de Science Economique, 2025. https://www.blog-afse.fr/billet/lia-generative-va-t-elle-transformer-la-recherche-en-economie [2] Korinek, Anton. 2023 (mis à jour en août 2025). "Generative AI for Economic Research: Use Cases and Implications for Economists." Journal of Economic Literature 61 (4) : 1281–1317. [3] Enquête Militens dirigée par Laurent Frajerman, Institut de Recherches de la FSU et CERAPS (université de Lille). Échantillon aléatoire fourni par la DEPP du ministère de l’Éducation nationale. Administré en 2017, le questionnaire a recueilli 3 296 réponses d’enseignants du premier et du second degré et couvre les caractéristiques sociodémographiques, professionnelles, syndicales et politiques. https://www.laurent-frajerman.fr/militens [4] ChatGPT y restitue les thèmes descriptifs mais échoue sur les thèmes interprétatifs subtils. David L. Morgan, « Exploring the Use of Artificial Intelligence for Qualitative Data Analysis: The Case of ChatGPT », International Journal of Qualitative Methods, vol. 22, 2023. [5] Aucun des sept modèles testés n'atteint le seuil d'accord fort avec les codeurs humains ; les auteurs concluent à un modèle collaboratif : au LLM la vitesse et la constance, au chercheur la supervision interprétative. Atsushi Mizumoto et Mark Feng Teng, « Large language models fall short in classifying learners’ open-ended responses », Research Methods in Applied Linguistics, vol. 4, 2025, art. 100210. [6] Arnault Chatelain, « L’IA générative est-elle un outil gagnant pour la recherche ? », 9 septembre 2025. https://www.polytechnique-insights.com/en/columns/digital/is-generative-ai-a-boon-for-research/ [7] La dégradation est maximale lorsque l’information pertinente se situe au milieu d’un contexte long. Nelson F. Liu, Kevin Lin, John Hewitt, Ashwin Paranjape, Michele Bevilacqua, Fabio Petroni, Percy Liang; Lost in the Middle: How Language Models Use Long Contexts. Transactions of the Association for Computational Linguistics 2024; 12 157–173. https://doi.org/10.1162/tacl_a_00638 [8] Mrinank Sharma, Meg Tong et al., « Towards Understanding Sycophancy in Language Models », actes de la conférence ICLR 2024, https://doi.org/10.48550/arXiv.2310.13548. Ce biais est hérité des préférences humaines utilisées lors de l’entraînement des LLM. [9] Enquête sur 319 travailleurs du savoir. Lee, Hao-Ping, Sarkar, Advait, Tankelevitch, Lev, Drosos, Ian, Rintel, Sean, Banks, Richard, & Wilson, Nicholas. (2025). The impact of generative AI on critical thinking: Self-reported reductions in cognitive effort and confidence effects from a survey of knowledge workers. Dans 2025 CHI Conference on Human Factors in Computing Systems (Article 1121, pp. 1–22). Association for Computing Machinery. https://doi.org/10.1145/3706598.3713778 [10] Yizhou Fan, Luzhen Tang, Huixiao Le et al., « Beware of metacognitive laziness: Effects of generative artificial intelligence on learning motivation, processes, and performance », British Journal of Educational Technology, vol. 56, n° 2, 2025, p. 489-530, https://doi.org/10.1111/bjet.13544.

  • Les éditoriaux syndicaux à la FSU, une tentative de prescription d'opinion sur des sujets clivants

    L'éditorial d'une revue syndicale n'est pas un texte ordinaire. Il occupe la première page, il engage l'organisation entière par la signature de sa porte-parole et première dirigeante, et il est adressé à tous les adhérents. Quand deux secrétaires générales de syndicats de la Fédération Syndicale Unitaire prennent des positions politiques tranchées sans avoir consulté la base sur Gaza, l'Iran, l'extrême droite ou le licenciement d'un humoriste militant, cela interroge la conception même que ces organisations se font de leur rôle. La liberté d'expression et le cas #Meurice Gaza et la qualification de « génocide » L'extrême droite, seul danger pour les droits humains ? L'Iran, un allié contre l'impérialisme US dans la logique campiste ? Une posture qui rompt avec l'évolution du syndicalisme enseignant Que faire ? Le syndicalisme combatif ne peut pas être apolitique : il œuvre à une transformation de la société, ce qui implique des positions politiques. Mais il existe une mauvaise manière d'être politisé, qui consomme l'énergie syndicale sur des sujets éloignés du cœur de métier, adopte un programme clé en main importé de l'extérieur, et prend en Une des positions clivantes dont elle sait que les syndiqués ne veulent pas. La liberté d'expression et le cas #Meurice Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU, majoritaire dans le second degré, s'indigne du licenciement de Guillaume Meurice, sans rappeler que celui-ci a été sanctionné pour avoir répété une blague nazifiant un Juif et se moquant de la circoncision. La liberté d'expression mérite d'être défendue. Elle reste encadrée par la loi, notamment la loi antiraciste de 1972. La jurisprudence protège les humoristes à condition que le second degré soit identifiable, ce qui est loin d’être évident avec Guillaume Meurice. De fait, chacun place le second degré où il veut, mais rien n’oblige la FSU à valoriser des positions ambiguës. Gaza et la qualification de « génocide » La secrétaire générale du #SNES évoque la tragédie de Gaza dont le territoire est « anéanti, vidé de ses habitants car décimé par le génocide ». Formulée ainsi, la phrase signifie que deux millions de personnes ont été éliminées par Tsahal. Diffuser une information aussi inexacte dans un journal syndical pose problème, dans un contexte où le conflit israélo-palestinien alimente déjà l’antisémitisme en France. La hausse continue des agressions contre des Juifs en France, qui représentent la moitié des violences racistes pour une population pourtant très minoritaire, ne font l'objet d'aucun commentaire dans la presse de la FSU, syndicats nationaux compris. La qualification de « guerre génocidaire » utilisée dans des communiqués syndicaux, contestée par de nombreux experts, ne relève pas du registre habituel d'une organisation syndicale. La question centrale n'est d'ailleurs pas l'exactitude de la formule, mais son effet : une telle position divise les salariés au lieu de les unir, et entretient le risque d'amalgame avec les horreurs nazies. L'extrême droite, seul danger pour les droits humains ? Sandrine Monier, co-secrétaire générale de la FSU-SNUipp, majoritaire dans le premier degré, signe en première page de Fenêtres sur Cours un éditorial soutenant que « l'extrême-droite est sortie renforcée d'un emballement médiatique qui a soudainement conduit à la considérer plus fréquentable que ses opposant·es du camp progressiste ». La formulation laisse entendre que les médias auraient indûment monté en épingle le meurtre commis par des militants antifascistes et les propos antisémites de Jean-Luc Mélenchon, qui sont les deux éléments ayant alimenté le débat durant cette séquence. Sophie Vénétitay désigne aussi l'extrême droite comme un grave danger dans L'Université Syndicaliste. Le constat est incontestable, mais un tel cadrage des deux organisations n'est pas anodin : il permet d'exiger l'alliance de la gauche avec La France Insoumise, avec le même angle aveugle sur la brutalisation du débat politique provoquée par ce parti. Tous les faits qui dérangent la démonstration "antifasciste" - notamment le bénéfice enregistré par le RN à avoir de tels adversaires - sont passés sous silence. Les résultats des élections municipales ont montré que beaucoup d'électeurs de gauche n'ont pas suivis ces leaders syndicaux. L'Iran, un allié contre l'impérialisme US dans la logique campiste ? Sophie Venetitay affirme que « rien ne justifie l'offensive contre le régime iranien ». Cette affirmation tranchée fait l'impasse sur plusieurs éléments structurants du dossier : la perspective qu'un régime théocratique soutenant des organisations terroristes accède à l'arme nucléaire, la répression de la population iranienne depuis cinquante ans et les milliers de manifestants tués lors des mouvements de contestation. Dans la logique campiste, il faut choisir le camp de l'impérialisme US ou celui de ses adversaires, islamistes compris. Est-ce celle du SNES ? Une posture qui rompt avec l'évolution du syndicalisme enseignant Le SNI-PEGC, entre 1968 et 1982, dictait explicitement à ses adhérents leur position politique, l'éditorial indiquant ce qu'il fallait penser des événements, comme l'a montré André Robert. Cette pratique de mentorat avait été abandonnée à partir des années 1990, à mesure que les enquêtes désignaient la politisation excessive comme l'une des principales raisons invoquées pour quitter les syndicats. Elle réapparaît aujourd'hui, dans un syndicalisme dont l'influence est sans commune mesure avec celle du SNI-PEGC à son apogée. Lire aussi : Toutes les publications de Laurent Frajerman sur l'engagement et le syndicalisme L'enquête Militens, menée auprès d'un échantillon solide de 928 enseignants de la mouvance FSU, indique que 21 % se classent à droite ou au centre, 14 % refusent de se prononcer (dans ce questionnaire, cela signifie qu'une moitié est abstentionniste et l'autre de droite), 33 % votent pour la gauche réformiste et 31 % pour la gauche radicale, PCF inclus. La base est plus hétérogène que les Unes ne le laissent supposer, et les adhérents ne sont jamais consultés sur les positionnements clivants pris en leur nom. Que faire ? Pas la neutralité, qui serait un aveu d'impuissance dans un pays où l'État joue un rôle central dans les relations professionnelles. Mais une autolimitation : le syndicalisme apporte une valeur ajoutée lorsqu'il parle depuis son ancrage professionnel et ses sujets d'expertise. L'égalité salariale et les discriminations dans l'emploi pour le féminisme, le soutien aux élèves menacés d'expulsion pour les questions migratoires, la défense du service public pour la laïcité. Sur le reste, le syndicalisme combatif gagnerait à reconnaître qu'il n'a pas à dire à ses adhérents ce qu'ils doivent penser. A leur apporter des éléments de réflexion plus que des slogans Laurent Frajerman, professeur agrégé d’histoire, sociologue, chercheur HDR au CERLIS, université Paris Cité

  • Repenser l'articulation entre revendications professionnelles et horizon politique. Le défi du syndicalisme de lutte

    Laurent Frajerman, professeur agrégé d’histoire, sociologue, chercheur HDR au CERLIS, université Paris Cité Cet article est paru dans Silo, le site de la Fondation Gabriel Péri Après un rappel des différentes conceptions de l’indépendance syndicale et de l’histoire des relations entre la CGT et le PCF, Laurent Frajerman questionne la politisation du syndicalisme comme réponse à son affaiblissement et moyen de le redynamiser. Face aux tendances lourdes que sont la domination des syndicats modérés majoritaires dans le secteur privé, et l’expression des salariés qui dans les enquêtes plaident pour que les syndicats se concentrent sur les revendications professionnelles, l’intervention des syndicats dans le champ politique comporte selon lui des risques de division, de radicalisation et de fragilisation. L’auteur préconise au contraire l’autolimitation du syndicalisme pour préserver les cadres communs contre l’atomisation ambiante. Le syndicalisme ne peut concevoir son action sans lui donner un sens politique plus global, humaniste et progressiste. Privé de cette dimension, il se montre incapable de fixer un horizon commun à tous les travailleurs. Sa nature même implique de réunir tous les travailleurs, comme l'indique le texte fondateur du courant Unité & Action, majoritaire dans la FSU : « c'est l'existence d'intérêts communs et non pas une communauté idéologique qui fonde le syndicat » [1] . Cette exigence d'unité interpelle : comment éviter que les débats politiques ne deviennent des ferments de division ? Schématiquement, deux conceptions s'opposent [2] . Le syndicalisme le moins critique envers le capitalisme (CGC, CFTC, certains secteurs de FO) promeut une conception stricte de l'indépendance, au risque de verser dans le corporatisme. D’autres OS prônent ce que je nomme l’indépendance d’action politique [3] . Soit dans une perspective d'amélioration partielle de la société capitaliste, avec la CFDT qui défend une conception active des rapports avec les partis, y compris de centre droit. Son indépendance se manifeste par la recherche d’un rôle moteur, comme l'illustre son Pacte du pouvoir de vivre, une alliance avec la société civile pour l'environnement. Soit pour œuvrer à une transformation profonde de la société, le syndicalisme combatif (CGT, FSU, Solidaires) estimant qu'il ne peut obtenir des résultats significatifs sans s’allier à d'autres forces, partidaires et ou associatives. Cela a pu prendre la forme d’appel à voter pour le Nouveau Front Populaire, ou encore d’une alliance structurée avec des associations marquées à gauche, l’Alliance écologique et sociale, initiée par la FSU, Solidaires et la CGT avec les Amis de la Terre, Attac, la Confédération paysanne, Greenpeace et Oxfam France. Cette recherche d’alliance est une réponse à l’affaiblissement du syndicalisme : l’agrégation de forces très diverses constituerait un atout décisif dans un affrontement avec l’Etat, qui joue toujours en France un rôle central dans les relations professionnelles. Toutefois, elle pose un second problème, illustré par le départ de la CGT de l’AES motivé par les désaccords sur l’énergie nucléaire. Lorsque des luttes distinctes - n'ayant d'autre lien qu'un horizon progressiste commun - se connectent, elles peinent à créer les alliances solides escomptées. Dans les faits, les différences de convictions et les contradictions entre combats sont nombreuses, surtout quand ils concernent les aspects sociétaux et se situent loin du domaine professionnel. C'est bien pour cela que chaque combat dispose de ses propres structures et référentiels. Le syndicalisme combatif oscille donc entre le péril de l’isolement et celui de la confusion.   Dans l’histoire, les réponses à ces défis   Le syndicalisme combatif s'enracine dans une tradition qui a longtemps fourni des réponses opératoires à ces enjeux, justifiant son hégémonie. Les syndicalistes liés au PCF se fondaient sur la Charte de Toulouse, adoptée en 1936, selon laquelle la CGT se réservait « le droit de prendre l'initiative de ces collaborations momentanées, estimant que sa neutralité à l'égard des partis politiques ne saurait impliquer son indifférence à l'égard des dangers qui menaceraient les libertés publiques, comme des réformes en vigueur ou à conquérir. » La courroie de transmission entre le PCF et la CGT, souvent dénoncée, fonctionnait dans les deux sens, ce qu’illustre la création du statut de la Fonction Publique. Elle résulte de la collaboration entre le ministre communiste Maurice Thorez et Jacques Pruja, secrétaire adjoint de l'UGFF, qui convainquirent les fonctionnaires CGT d'abandonner leurs réticences contre l'idée d'un statut [4] . Evidemment, une version aussi favorable aux fonctionnaires n'aurait pas vu le jour sans un rapport de force préalable. La coordination des efforts syndicaux et partidaires avait pour objectif d’obtenir des résultats concrets au service des travailleurs, en adoptant des revendications rassembleuses. Le PCF apportait la puissance de sa constellation, son influence sur des dizaines de structures associatives (Confédération Nationale du Logement, Union des Femmes Françaises, Secours Populaire etc.). Leurs directions menaient un vrai travail d'éducation militante pour « élever le niveau de conscience » sur les sujets sensibles. Cette méthode a démontré sa validité. Par exemple, la CGT associée au PCF avait mené un combat efficace contre le colonialisme, avec le mot d'ordre unificateur « Paix en Algérie ». Une autre constellation, républicaine-laïque, autour de la social-démocratie et du syndicalisme enseignant menait une action résolue d’Education populaire qui permettait elle aussi d’unifier des segments très hétérogènes de la population autour d’objectifs émancipateurs [5] . Les recompositions du paysage syndical et politique, ainsi que l'évolution des attentes des salariés, ont remis en question ces équilibres. Toutefois, la problématique demeure dans ce contexte nouveau : comment maintenir une capacité transformatrice du syndicalisme tout en préservant son unité ?   Les recompositions contemporaines et leurs effets   Quand ils existaient, les liens quasi-organiques entre partis et syndicats ont été coupés par les recompositions syndicale (naissances de la FSU, de l'UNSA et de SUD) et politique (affaissement du PCF et en partie du PS et de la LCR, apparition de nouveaux partis de gauche, montée de l'extrême-droite chez les salariés). Les affiliations partidaires ont perdu de leur importance au sein des OS, même si le rapport à la politique au sens général du terme reste intense chez les militants, car il fonde souvent leur propension à s'investir activement. Les militants non membres d'un parti ont d'ailleurs tendance à reporter sur le syndicat l'ensemble de leurs préoccupations, le poussant vers un rôle plus politique. Cette évolution s'inscrit dans un contexte plus large de fragilité du syndicalisme hors de ses bastions traditionnels, soulevant l'enjeu d'une implantation réajustée à un monde du travail fragmenté. Paradoxalement, le fruit le plus important du mouvement ouvrier est aujourd’hui bien plus représenté chez les cadres que parmi les personnels d’exécution. Cherchant à pallier leur baisse d’efficacité, les syndicats de lutte ont tendance à placer leur espoirs dans la politisation de leur action, après des décennies d’éloignement du champ politique, tout en s’opposant aux tentatives de réactivation des schémas léninistes par La France Insoumise. Mais le rapport de force a évolué au détriment du syndicalisme le plus combatif : sur le plan électoral, la domination des syndicats modérés est sans appel : CFDT, CGC, CFTC et UNSA recueillent 55 % des suffrages dans les entreprises privées, FO, dont le positionnement varie selon les secteurs et le contexte, 15 %. Dans la fonction publique, les forces contestataires sont mieux implantées, la CGT reste première avec 21 % des voix, et peut compter sur l'apport de la FSU et Solidaires (soit 36 % au total). En revanche, en termes de capacité de mobilisation, de nombre de militants, les syndicats contestataires surclassent les modérés. Cette tension interne au syndicalisme se double d'un décalage croissant avec les attentes des salariés. Impactés par le scepticisme ambiant, ils affichent leur désintérêt pour l'action politique et réclament en conséquence une neutralité syndicale illusoire sous bien des aspects. Ceux qui ne se syndiquent pas allèguent la politisation des OS et le souci de garder leur indépendance. L'écart a donc grandi avec les militants. Figure : avis des enseignants sur les thématiques légitimes pour les OS, questionnaire Militens, 2017 Même chez les enseignants, réputés pour leur ancrage à gauche et leurs valeurs humanistes, l'idée prévaut que le syndicalisme doit se garder d'intervenir sur ces sujets. Il est assigné par sa base à une fonction revendicative, et en partie éducative. Heureusement pour les OS qui persistent à intervenir en dehors de leur champ naturel, rares sont les syndiqués qui s'intéressent à leurs multiples prises de position. Les statistiques des sites internet de la FSU et de ses syndicats comme celles portant sur les requêtes Google démontrent le grand succès des pages concernant les renseignements sur les droits et carrières, le métier, au détriment des aspects politiques et sociétaux.   Les dérives de la politisation syndicale   A contrario de ces tendances lourdes, Karel Yon propose une politisation du syndicalisme comme condition à son renouveau [6] . Ceci soulève à mon sens deux interrogations. La première est que s’il devient un véritable « acteur politique », il devra assumer les difficultés inhérentes à un autre champ, notamment la nécessité de se positionner dans des débats complexes (les élus ont du pouvoir, même localement, alors que le syndicalisme est essentiellement un contrepouvoir) et des enjeux tels que la montée de l’antisémitisme à l’extrême gauche et à LFI. Ce qui ne serait pas sans conséquences…. La seconde est que, comme on a découvert l’existence d’un bon et d’un mauvais cholestérol, on peut considérer qu'il y a une bonne et une mauvaise manière d'être politisé pour le syndicalisme de combat. En effet, une forme de politisation dessert son activité et consomme beaucoup d'énergie pour des actions qui ne sont pas dans son cœur de cible. L'histoire syndicale offre un précédent éclairant sur ses dangers : à son apogée, l'UNEF syndique un étudiant sur deux, possède de nombreux restaurants universitaires et cafétérias et représente un porte-parole incontesté du milieu. Dans l'euphorie de mai 68, elle se proclame « mouvement politique de masse », et se délite rapidement au gré de ses prises de position radicales. Le syndicalisme étudiant ne s'en relèvera jamais. Aujourd'hui, la faiblesse de la mobilisation pour l'arrêt de la guerre à Gaza, malgré des conditions objectivement favorables, montre le caractère contreproductif des positions extrêmes, validées à plusieurs reprises par les syndicats de lutte, comme le refus de demander la libération des otages israéliens. Le syndicalisme combatif adopte de plus en plus les discours radicaux secrétés par chaque cause : valorisation d'autrices misandres, attribution des violences dans les manifestations de Sainte-Soline et d’ailleurs aux seuls policiers, en omettant sciemment les casseurs... Les prises de position problématiques sont croissantes, comme le communiqué de la FSU dénonçant Israël pour avoir mené « des assassinats extrajudiciaires, dont celui du dirigeant du Hezbollah », lequel s'était pourtant fait connaître par de nombreux actes terroristes, ciblant aussi des Français. Ou encore la signature par la CGT, Solidaires et la FSU d'un appel à une « marche unitaire contre les violences policières, le racisme systémique » en septembre 2024. Comme il est impossible de nier les acquis de décennies de législation antiraciste et anti discriminations, un racisme systémique, d’Etat ne peut s’expliquer que par l’attitude des agents. Des syndicats fortement implantés chez les fonctionnaires ont ainsi endossé l’idée que ceux-ci ont des pratiques structurellement racistes ! Peu importe que certains nuancent en évoquant des pratiques inconscientes, des militants indigénistes s’engouffrent déjà dans la brèche en prétendant que les enseignants sont racistes et maltraitent les enfants non blancs. Sans réaction de la FSU [7] . Ce glissement vient de loin. Les idées progressistes traditionnelles sont en effet devenues sources de divisions profondes au sein de la gauche. La laïcité est désormais un terrain de controverses, notamment autour de la notion d'islamophobie. L'antiracisme, autrefois consensuel dans le monde syndical, génère désormais des tensions importantes, du fait des théories selon lesquelles seules les personnes blanches pourraient être racistes. La prégnance de l’approche identitaire, notamment pour les aspects sociétaux conduit à « l'isolement choisi des défenseurs irréductibles de leurs propres différences irréductibles » [8] . Les théories intersectionnelles, populaires auprès de nombreux militants, ne résolvent cette difficulté qu’en surface, particulièrement quand des groupes sociologiquement hétérogènes sont censés coopérer. L'échec de la convergence entre Gilets jaunes et syndicats illustre cette problématique, révélant une divergence entre deux cultures de structuration et deux mondes sociaux. Le slogan de la « convergence des luttes » constitue la réponse plébiscitée par les syndicats de lutte et des chercheurs comme Karel Yon. L’approche vise, comme l'analysent Guy Groux et Richard Robert, à « reconnaître la pluralité des causes et des organisations » tout en « projetant un imaginaire d'unité » ⁵. Or la convergence se construit, elle ne se décrète pas. Concrètement, on assiste à une véritable substitution : au lieu de mobiliser sur les mots d'ordre qui intéressent directement le groupe concerné, ceux-ci se voient imposer des revendications plus générales, très politisées et clivantes. Des solidarités réelles n’ayant pas été créées sur le terrain, les soutiens se soustraient au lieu de s'additionner. Seul le noyau dur, partageant une idéologie commune à tous ces combats, s’y retrouve. Car la version dominante de la convergence des luttes consiste à adopter un programme d'extrême gauche « clé en main ». D'ailleurs, l'une de ses apôtres, Aurélie Trouvé, est passée d'ATTAC à député LFI. Cette problématique constitue l'une des principales raisons de l'affaiblissement actuel de nombreux mouvements sociaux. Seules certaines luttes et organisations s’associent. Quelques permanents signent des pétitions communes par dizaines et élaborent des mots d'ordre d'en haut, sans se demander s'ils sont approuvés par la base et correspondent aux objectifs de leur organisation. Élise Roullaud montre comment les experts de la Confédération paysanne utilisent les coalitions transectorielles, en profitant de leur « plus grande légitimité à s'exprimer » sur les questions agricoles « par rapport aux autres organisations novices ». [9] On retrouve ce phénomène dans le rejet par les syndicats combatifs de salariés des méga bassines, en utilisant un narratif exogène à leur champ de compétence. Si la neutralité est un aveu d'impuissance, répéter un discours venu de l'extérieur n'a pas grande utilité, faute de convaincre les premiers intéressés.   Pistes pour un renouvellement des modalités politiques d'intervention syndicale   Considérant la place de l’Etat dans le modèle social français et le danger que font peser sur le salariat les forces réactionnaires, fascistes, je ne plaide pas pour une neutralité politique, qui serait dangereuse. Je propose plutôt de tirer le meilleur du modèle du syndicalisme communiste qui a prouvé sa pertinence de 1936 aux années 1970, tout en actant l’indépendance d’action politique des syndicats. Actuellement, l'exigence d'indépendance est circonscrite aux seuls partis, attitude étonnante si l’on considère le rôle politique joué par des structures non partidaires. Pour moi, cette exigence doit englober l'ensemble des partenaires du syndicalisme. En effet, si la collaboration avec des associations est indispensable, cela ne doit pas conduire à des positionnements qui échapperaient au contrôle des organisations syndicales. Surtout, elle ne doit pas entraver la démocratie syndicale, je pense aux cas fréquents où les mandats des OS ne reflètent pas l'opinion de leurs membres. Dans ce cadre, il faut partir de l'ancrage du syndicalisme dans les réalités professionnelles, en développant des modalités d'intervention et des objectifs spécifiques pour limiter les clivages. Conformément à sa vocation à représenter tous les salariés, le syndicalisme doit prendre en compte la diversité des opinions, sans se positionner comme une avant-garde éclairée qui donnerait la leçon. La pertinence de l'intervention syndicale réside en effet dans sa capacité à témoigner des réalités concrètes des métiers, à développer un point de vue propre sur l’ensemble des questions. Celle du nucléaire illustre ce principe : si les syndicalistes du secteur de l'énergie sont légitimement concernés et doivent se positionner ; pour d'autres professions, adopter un mandat sur ce sujet revient à se conformer à l'opinion dominante, fluctuante au gré des événements. Le syndicalisme apporte donc une valeur ajoutée lorsqu'il se concentre sur son domaine d'expertise. Sur la question féministe, par exemple, sa contribution la plus précieuse concerne l'égalité salariale et la lutte contre les discriminations professionnelles. Cette auto-limitation du syndicalisme, loin d'être un renoncement, constitue un moyen d'agir plus efficacement pour la transformation sociale, sans se perdre dans des controverses qui fragilisent sa cohésion interne et son influence. L'avenir réside moins dans l'agrégation artificielle des mécontentements que dans la recherche de coordinations ponctuelles et situées, la diffusion de mots d’ordre rassembleurs. L'atomisation du monde du travail et de la société constitue une tendance lourde, il faut donc retisser des liens et proposer des cadres d’interprétation communs, sans nier les contradictions. Ce qui sera long. Une telle approche permettrait au syndicalisme de maintenir sa spécificité tout en contribuant efficacement aux combats pour une société plus juste et plus égalitaire. ****** [1]  Unité et Action,  Unité et tendances dans le syndicalisme enseignant , Paris, U & A, 1971, 103 p., p. 15 [2]  Je me situe au niveau des textes d'orientation et de la stratégie globale. Il est avéré que la distinction entre divers types de syndicalisme est beaucoup moins évidente au niveau local. Jean-Marie Pernot, Syndicats : lendemains de crise ? , 2010, Folio. [3]  Laurent Frajerman, « Paradoxes et usages de l'indépendance syndicale. Le cas de la Fédération de l'Éducation Nationale sous la IV° république »,  La Pensée , n°352, 2007, pp. 51-62. [4]  Jeanne Siwek-Pouydesseau,  Le syndicalisme des fonctionnaires jusqu'à la guerre froide , Presses Universitaires du Septentrion, 1998. [5]  Laurent Frajerman, « L’engagement des enseignants (1918-1968) »,  Histoire de l’éducation , 117 | 2008, 57-96. [6]  Karel Yon (dir.), Le syndicalisme est politique. Questions stratégiques pour un renouveau syndical , Paris, La Dispute, 2023. [7] Fatima Ouassak bénéficie de soutiens auprès de LFI, d’EELV (Sandrine Rousseau) et de l’intelligentsia de gauche (portraits dans Libération  et France Culture , soutien d’ATTAC etc. ) [8]  Guy Groux & Richard Robert, « Le spectre de la convergence des luttes », Telos, 1 avril 2020. [9]  Élise Roullaud, « L'élargissement du front de la contestation de la PAC : La Confédération paysanne au sein des coalitions transectorielles ». Terrains & travaux, 2012, n° 20, 2012. p.53-68

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  • Pourquoi de plus en plus d'enseignants votent-ils RN ?

    La percée de l'extrême droite bouscule le monde de l'enseignement, pourtant réfractaire au racisme. Décryptage des motivations et du parcours de ces électeurs Droit de Vivre (revue de la LICRA), janvier 2025 "Le profil particulier des électeurs enseignants du RN " La figure du professeur d’extrême droite trouble. Comment enseigner à des élèves de toutes origines si l’on se montre sensible aux sirènes xénophobes et discriminatoires ? Est-il possible de développer l’esprit civique et humaniste de la jeunesse, si on adhère soi-même à une idéologie d’exclusion de l’autre ? L’existence transgressive de ces enseignants fascine, quel que soit leur nombre. Justement, de plus en plus d’enseignants accordent leurs suffrages à des formations politiques de ce type[1] , phénomène qui rencontre un large écho médiatique[2] . Parmi eux, les enseignants du secteur privé sont surreprésentés, sur une base catholique traditionnaliste, mais ceux qui suscitent vraiment de la curiosité travaillent dans l’école publique. En effet, l’enjeu symbolique déborde le strict champ d’une profession : Alexandre Dézé note que la dédiabolisation est « devenue le principal angle de traitement du parti, l’étalon de mesure de son évolution » [3] . Dans l’imaginaire collectif, les enseignants restent les « hussards de la République », ses plus ardents défenseurs. Si même eux se mettent à voter RN, alors l’idée que celui-ci appartient à l’arc républicain gagne en crédibilité. C’est pourquoi je vais m’attacher à cerner l’impact du RN dans le milieu enseignant et les raisons mais aussi les limites de son succès. Un progrès incontestable depuis 2017 Les enseignants ne constituent pas un isolat, imperméable aux évolutions du pays. Le graphique 1 montre un parallélisme dans l’évolution des scores de l’extrême droite parmi eux et dans le reste de la société. Le vote d'extrême droite chez les enseignants et l'ensemble des Français selon des sondages[4] Il existe traditionnellement un petit vote d'extrême droite chez les professeurs[5] . Mais établir des chiffres fiables est une gageure, car l’ampleur de ce vote est connu uniquement par le biais des sondages, sans pouvoir les comparer aux résultats des urnes. Or les sondages ne précisent ni le nombre d’abstentionnistes et les non réponses, ni si un redressement a été effectué. La constitution des échantillons s’est dégradée, avec la collecte en ligne[6] . A cause de ces biais, le risque existe d’analyser un artefact, et non une réalité sociale constituée. Je m’en suis donc tenu à une règle élémentaire : croiser les résultats de plusieurs sondages dotés d’un échantillon suffisant. Par ailleurs, pour les élections présidentielles de 2012 et 2017, je dispose des résultats du questionnaire scientifique Militens[7] , renseigné par 3 278 enseignants, avec un échantillon solide fourni par le service statistique du ministère. Celui-ci donne des scores bien inférieurs. Dans Militens, pour l’élection de 2017, 1 % des répondants déclarent avoir voté Marine Le Pen, parmi les suffrages exprimés. En tenant compte du vote dissimulé, identifié grâce à d’autres questions, j’estime ce vote à 3 % maximum. Le décalage avec les sondages pose question, d’autant que d’autres enquêtes scientifiques plus anciennes, reposant elles aussi sur des échantillons très fournis et résultant d'un tirage au sort donnent des résultats similaires. L’enquête Engens[8] , indiquait en 2007 que 87 % des enseignants ne pourraient pas voter pour l'extrême droite et que 3 % avaient voté Jean-Marie Le Pen ou auraient pu le faire. Toutefois, à partir de 2022, des études donnent des chiffres bien plus élevés, confirmées par deux sondages parus en 2024, dont celui d’Opinionway, donnant 20 % aux listes d’extrême droite[9] . Un milieu nettement moins réceptif Le progrès de l’extrême droite chez les enseignants est corrélé à un moindre écart avec le vote de l’ensemble des français, divisé par deux en vingt ans. Rapport entre le vote d'extrême droite des enseignants et celui de l'ensemble des français Malgré cette évolution préoccupante, les enseignants restent de loin les plus réfractaires à l’extrême droite, même relookée (chiffres CEVIPOF) : Comme le montre ce graphique, le monde enseignant fait preuve d’originalité par sa résistance à la pénétration des idées populistes/nationalistes dans une société traumatisée par la crise économique et le terrorisme islamiste, qui le prend pourtant directement pour cible. Surtout, le racisme qui constitue un élément structurant du soutien au RN dans les catégories populaires[10] paraît incompatible avec le métier enseignant. Dans Militens, seuls 11 % des enseignants sont très défavorables au vote des étrangers aux élections municipales (opinion qui n’implique d’ailleurs pas forcément de la xénophobie) : En 2016, Luc Rouban élaborait un indice de libéralisme culturel avec des questions portant sur la peine de mort, le nombre d’immigrés et le sentiment que l’immigration soit une source d’enrichissement culturel. L’indice des enseignants était le plus élevé. Aujourd’hui, cette exception enseignante subsiste : 42 % considèrent qu’« accueillir les migrants est un devoir » contre 27 % des français et 30 % de l’ensemble des fonctionnaires. 36 % seulement pensent qu’il y a trop d’immigrés contre 54 % des français : Graphique 3 : Les valeurs des fonctionnaires en avril 2021 (Cevipof) Faute d’études plus précises, je ne peux exclure du racisme chez certains professeurs, mais il serait clairement minoritaire. En tout cas, les valeurs très dominantes dans le milieu s’opposent frontalement à la xénophobie, ce qui représente un obstacle majeur à l’expansion du RN. Des militants rares et exogènes au milieu Il convient de distinguer le vote de l’implantation dans un milieu. Sans la présence de militants ou au moins de sympathisants affichés, sans la possibilité d’exprimer publiquement ces opinions, la pérennité du vote RN n’est pas acquise chez les enseignants. L’extrême droite a toujours compté un petit nombre de professeurs dans ses rangs. Le FN avait lancé dans les années 1990 le Mouvement pour une éducation nationale, puis dans les années 2010 le collectif Racine, qui a rejoint la dissidence de Florian Philippot. Le succès médiatique conjugué à la rareté des militants enseignants confère à ceux-ci une notoriété certaine. Bien loin du professeur de terrain que les journalistes et les chercheurs recherchent en vain. Par exemple, Aymeric Durox,[11] , professeur d’histoire en Seine-et-Marne, cumulait ce travail avec celui de secrétaire départemental du FN-RN. Il est aujourd’hui sénateur. Un emploi du temps peu compatible avec une présence devant les élèves. La structure des opportunités explique que des professeurs sortent du bois : quête du RN de cadres diplômés et sachant s’exprimer en public, perspectives prometteuses avec le gain en élus… Lancés dans une carrière politique, ces militants en retirent des ressources qui leur permettent d’assumer l’ostracisme de leurs collègues. Plusieurs enquêtes montrent d’ailleurs que le nombre de sympathisants déclarés de l’extrême droite est inférieur à celui des électeurs. L’enquête Engens indique que 1 % des professeurs se déclaraient proches (en incluant de Villiers) en 2007. Dans celle de Géraldine Farges, l’année suivante[12] , moins de 0,5 % des enseignants se positionnaient à l’extrême droite. En 2022, un sondage Ipsos/FSU donne 4 % de proches de l'extrême droite, soit quatre fois moins que les électeurs[13] . Lire aussi : Billet de blog de Laurent Frajerman : "Vote et positionnement politique des fonctionnaires : un glissement à droite inéluctable ?" Comment expliquer le bond électoral de l’extrême droite depuis 2017 ? Dans leur majorité, les médias accompagnent depuis des années la normalisation du FN avec un cadrage type : des articles au ton neutre, qui décrivent ce qui est présenté comme une progression inéluctable, appuyés sur des citations de Luc Rouban qui analysent le mécontentement à l’origine de cette poussée et des propos de dirigeants du RN, qui assurent que leurs idées correspondent aux attentes des enseignants. Bel exemple de prophétie auto-réalisatrice, l’annonce répétée d’un vote fort des enseignants pour le RN le légitimant et encourageant les hésitants à franchir le Rubicon. Toutefois, ce tourbillon médiatique était resté sans effets visibles pendant longtemps, un terreau favorable était donc requis pour que le RN concrétise son potentiel. Quel est-il ? Son programme ? L’abandon du discours anti-étatiste de Jean-Marie Le Pen différencie nettement le FN des années 1980, très favorables à l’école privée, vilipendant les enseignants, au RN d’aujourd’hui, qui se positionne contre la privatisation des services publics et les flatte. Toutefois le programme éducatif du RN n’a rien d’original, avec un discours décliniste (« Le mérite scolaire et l’exigence ont laissé la place au nivellement par le bas », 2022), la critique du collège unique, l’insistance sur les savoirs fondamentaux, la promesse « de revaloriser le métier d’enseignant » (2024) etc. Cette rhétorique anti « pédagogiste » correspond à l’air du temps, mais ne permet pas non plus de distinguer le RN en matière éducative. A moins de procéder à un amalgame entre la gauche souverainiste, l’essentiel de la droite et le RN, et donc de légitimer celui-ci in fine[14] . De toutes manières, on ne vote pas pour soutenir intégralement un parti, en toute connaissance de cause. Osons quelques hypothèses sur les motivations des nouveaux électeurs enseignants du RN : le national-populisme est plus attractif qu’un racisme ouvert. L’exaspération devant les ghettos et les problèmes de discipline génère une demande d’autorité, renforcée par le sentiment d’être abandonnés par une hiérarchie qui pratiquerait le #pasdevagues. Les attentats islamistes contre des professeurs ont radicalisés certains d’entre eux. Cela expliquerait aussi le résultat non négligeable de Reconquête. D’autant qu’une minorité de droite a toujours existé chez les enseignants, dès les élections régionales de 2015, le vote frontiste enseignant était « clairement alimenté par les voix qui se portaient sur les candidats LR ou UDI » lors de la présidentielle de 2012[15] . Aux élections européennes de 2024, la liste LR ne recueille plus que 5 % des voix, le centre droit étant lui-même historiquement faible. Le transfert de la droite vers le RN et Reconquête est flagrant. La dédiabolisation, entreprise de longue haleine, finit par porter ses fruits en brouillant la frontière entre la droite et son extrême. Ajoutons, sans pouvoir le mesurer, l’effet du confinement qui a généré le succès croissant du complotisme. Conclusion La progression récente de l’extrême droite, et principalement du RN, dans le corps enseignant est donc la résultante d’une demande d’autorité, d’une réaction aux attentats terroristes qui l’ont visé, émanant principalement d’électeurs de droite. Cette captation de l’électorat conservateur est facilitée par le programme éducatif du RN, réactionnaire. La xénophobie, qui ne peut être exclue dans certains cas, est l’objet d’un tel rejet dans la profession qu’elle représente plus un obstacle à la progression du RN qu’un atout. Ce nouvel électorat s’inscrit dans une dynamique récente, celle des électeurs conquis analysés par Pascal Perrineau[16] , pour l’essentiel des cadres issus de la droite. Ceux-ci ne sont pas acquis au RN. En l’absence de militants et de perméabilité du milieu, qui reste une forteresse électorale de la gauche, les enseignants conquis par le RN sont susceptibles de revenir vers une droite plus présentable au premier faux pas de celui-ci. Laurent Frajerman, HDR, agrégé d'histoire, CERLIS (université Paris Cité) Notes : [1] Cet article traite essentiellement du RN, mais j’ai agrégé les données de toutes les formations d’extrême droite (FN puis RN, Mégret, de Villiers, Reconquête), pour éviter que leur concurrence ne donne l’impression d’un recul passager de cette mouvance politique, principalement lorsqu’elle se divisait en 2021-2022. [2] https://theconversation.com/le-vote-fn-des-enseignants-une-bulle-mediatique-76182 [3] Alexandre Dézé, « La construction médiatique de la « nouveauté » FN », in Sylvain Crépon et al., Les faux-semblants du Front national, Presses de Sciences Po, 2015, p. 489. [4] Sondages IFOP 2002, 2007, 2012, enquêtes du CEVIPOF avec IPSOS. [5] Maryline Baumard, « Avec le collectif Racine, le Front national tente d'attirer à lui les enseignants », Le Monde, 11 octobre 2013. [6] Luc Bronner « Dans la fabrique opaque des sondages », Le Monde, 4 novembre 2021. [7] https://www.laurent-frajerman.fr/militens [8] Dirigée par Frédéric Sawicki, CERAPS-Université Lille 2, n= 2 585 [9] N= 577, mai 2024, pour Cnews. Pour la 1e fois, les détails du redressement sont publiés. 1 point a été rajouté, ce qui peut se discuter mais n’infirme pas la tendance. [10] Félicien Faury, Des électeurs ordinaires : Enquête sur la normalisation de l'extrême droite, Seuil, 2024. [11] Le Parisien-15 mars 2017 « Vote des profs : Aymeric, militant FN et prof d'histoire-géo ». http://www.leparisien.fr/societe/vote-des-profs-aymeric-militant-fn-et-prof-d-histoire-geo-16-03-2017-6765966.php [12] Echantillon fourni par la MAIF, n=1 749 [13] Echantillon n=500 [14] Grégory Chambat, Quand l’extrême droite rêve de faire école. Une bataille culturelle et sociale, Vulaines sur Seine, éd du croquant, 2023. [15] Luc Rouban http://theconversation.com/la-percee-du-front-national-dans-la-fonction-publique-52955 [16] Pascal Perrineau, La dynamique du Rassemblement National dans la perspective des élections européennes de juin 2024, note 4, Cevipof, mai 2024.

  • Présentation | Laurent Frajerman

    Le parcours scientifique et militant du spécialiste du syndicalisme enseignant, des mouvements sociaux et des politiques publiques. Laurent Frajerman, chercheur engagé 30 ans de recherches ... Articulant les approches sociologiques et historiques , je m’intéresse autant aux pratiques qu’aux discours, dans une démarche compréhensive. Habil ité à diriger des recherches en Sciences de l'éducation et de la formation (université de Paris Cité, garante Anne Barrère) : Enseigner, s’adapter, s'engager : socio-histoire du corps enseignant à l'épreuve des politiques éducatives Professeur agrégé d’Histoire au lycée Lamartine, Paris. Chercheur associé au Centre d’Etudes et de Recherches sur les Liens Sociaux (université de Paris Cité, CNRS UMR 8070). Thèse d'histoire soutenue en 2003 Fondateur de la recherche Militens e n partenariat avec SNES-FSU / SNUipp-FSU / SNEP-FSU , DEPP et CERAPS Université de Lille. 00:00 / 04:23 "Héloïse" by Denis Frajerman, 2013 Mon CV complet (ou presque) Axes de recherches La recherche Militens Mon HDR Tribune Pour une vigilance de toute la gauche face à l'antisémitisme J'ai initié une tribune collective d'historiens dénonçant la retenue d'une partie de la gauche face à la montée des actes antisémites. Le texte refuse que la critique légitime d'Israël, l'instrumentalisation de la Shoah par l'extrême droite ou la crainte de la division servent d'alibi à la tolérance de propos hostiles aux Juifs. Il rappelle l'exigence d'appliquer les principes antiracistes à tous sans exception et de tracer la frontière entre antisionisme et antisémitisme. Libération, 11 juin 2026 Lire Je suis un paragraphe. Cliquez ici pour ajouter votre propre texte et me modifier. C'est facile. Article Comment l'IA change nos façons de travailler : le cas d'une recherche en sciences sociales Les intelligences artificielles génératives entrent dans les laboratoires de sciences sociales et transforment le métier de chercheur. Conservée en position d'assistant, la machine aide à analyser des centaines de témoignages en les croisant avec de multiples variables, rapprochant l'approche qualitative des méthodes quantitatives. L'effort intellectuel ne disparaît pas : il se déplace vers la formulation des prompts et le choix des exemples, qui obligent à expliciter les arbitrages d'ordinaire tacites du chercheur. Sciences Humaines, 22 juin 2026 Lire Je suis un paragraphe. Cliquez ici pour ajouter votre propre texte et me modifier. C'est facile. "Les historiens non engagés, qui se prétendent de purs scientifiques, sont peut-être ici plus menacés de manquer de lucidité sur leurs propre partis pris, car ils ne ressentent pas la même nécessité de se dire à eux-mêmes quelle motivation les pousse. " Antoine Prost, Douze leçons sur l’histoire , p. 97 Une recherche distanciée sur un objet proche On ne choisit pas ses sujets de recherche par hasard. A partir du moment où Gérard Aschieri m'a fait travailler pour la FSU, il était logique que mon objectivité soit questionnée. L'essentiel réside pour moi dans cette maxime : avant d’interpréter les faits, il faut les établir. Je n'exerce aucun mandat syndical, je donne mon avis, hier à l'intérieur de l'organisation, aujourd'hui de l'extérieur. En effet, mes recherches ne constituent pas un substitut à mon engagement, mais une manière de l’objectiver : avoir fréquenté les deux univers m’a permis de mieux en tracer les multiples frontières. Dans mon parcours scientifique, j'ai pu constater le libéralisme des deux grands syndicats issus de la FEN. L'UNSA éducation m'a laissé travailler sur ses archives pour une thèse consacrée au courant qu'elle venait d'exclure. Elle a financé le livre qui en est issu. La FSU m'a longtemps laissé ma liberté de parole sur des sujets centraux, comme les mouvements sociaux, le syndicalisme etc. Sud Radio, slogans propalestieniens, 17/11/23 ... et d'engagement 2012-2025 : Sociologue à la Fédération Syndicale Unitair e (sans responsabilité exécutive) 1993-1995 : élu UNEF au CNESER 1990-1997 : dirigeant national de l'UNEF (ex Solidarité Étudiante)

  • Laurent Frajerman : mouvements sociaux, enseignants, politiques publiques

    Sociologue et historien (CERLIS) : ressources sur les grèves, l'engagement syndical, politique et professionnel des enseignants, les réformes éducatives... Laurent Frajerman Mouvements sociaux, enseignants & politiques publiques Intro accueil Ce site offre des ressources variées en accès libre : Avec des publications de format différent : du post au livre , en passant par des articles, passages TV et radio ... Présentant mes analyses scientifiques et mon expertise Depuis la Troisième République jusqu'aux enjeux contemporains Sociologue et historien, je travaille sur les enjeux politiques et sociaux, les mobilisations, l'engagement... Mon terrain de recherche empirique est celui des enseignants, en raison de leur militantisme ancré à gauche, de la force de leurs grèves et de leur syndicalisme. Entre hussards de la République et #profbashing , ils suscitent mythes et controverses, que je décrypte. Les éditoriaux syndicaux à la FSU, une tentative de prescription d'opinion sur des sujets clivants L'éditorial d'une revue syndicale n'est pas un texte ordinaire. Il occupe la première page, il engage l'organisation entière par la signature de sa porte-parole et première dirigeante, et il est adressé à tous les adhérents. Quand deux secrétaires générales de syndicats de la Fédération Syndicale Unitaire prennent des positions politiques tranchées sans avoir consulté la base sur Gaza, l'Iran, l'extrême droite ou le licenciement d'un humoriste militant, cela interroge la conc Repenser l'articulation entre revendications professionnelles et horizon politique. Le défi du syndicalisme de lutte La politisation du syndicalisme se fait aujourd'hui d'une manière clivante, au lieu de rassembler les salariés dans l'action Mouvements sociaux de 1995 et 2023 : quand la manifestation remplace la grève Grève reconductible ou manifestation massive : quelle stratégie gagnante ? Le mouvement social de 1995 comparé à celui de 2023 pour comprendre les conditions du succès #conflits sociaux #politique #syndicalisme #identités collectives #éducation populaire #métier #fonctionnaires #management #grève #pédagogie Engagement/militantisme Toutes les publications sur l'engagement Mes ouvrages Ce livre analyse l'histoire de la Fédération de l'Éducation nationale sous la IVe République pour comprendre l'influence paradoxale qu'elle exerce aujourd'hui sur la FSU. Il explore les interactions entre la majorité réformiste de la FEN et le courant unitaire (Unité et action), proche de la CGT, montrant que ce dernier constitue moins une alternative révolutionnaire qu'une version radicalisée du modèle FEN. Fruit de vingt années de recherches croisant sources orales, archives inédites et littérature militante, l'étude examine la cohabitation de deux cultures syndicales (instituteurs du SNI et professeurs du SNES) et l'articulation entre structures locales et nationales. Elle interroge ce qui prime dans ces relations entre frères ennemis : l'idéologie, l'identité professionnelle ou le niveau d'engagement militant. Des clés pour comprendre le syndicalisme enseignant , d’hier comme d’aujourd’hui. Présentation et livre gratuit Les enseignants sont réputés pour la récurrence et la force de leurs grèves . Pourtant, ils doutent de son efficacité. Quel bilan tirer des différentes grèves enseignantes ? Présentation et livre gratuit J'ai lu Jean-Noël Luc, Jean-François Condette, Yves Verneuil, Histoire de l'enseignement en France. XIXe-XXIe siècle Cet ouvrage constitue une véritable somme qui tient compte des acquis et des problématiques les plus récentes de l'historiographie. Jean-Noël Luc, Jean-François Condette et Yves Verneuil, grands... Armand Colin, 2020 Guy Lapostolle, Les experts contre les intellectuels Guy Lapostolle propose un parcours socio-historique particulièrement éclairant sur l'engagement des chercheurs en éducation. L'ouvrage analyse comment les recherches en éducation sont utilisées dans la société, notamment... PUN, 2019 Anne Barrère, Au cœur des malaises enseignants Anne Barrère figure parmi les sociologues les plus importantes dans le champ de l'éducation. L'une de ses forces réside dans son parcours : après avoir enseigné... Armand Colin, 2017 LERCH Dominique, L'enseignant et les risques de son métier La mise en cause juridique des enseignants traverse le siècle. L'ouvrage retrace la construction d'une réponse mutualiste, articulée à l'évolution du régime de responsabilité civile. Sudel, 2003. CR paru dans la Revue Historique Tous les comptes-rendus Radio-Télévision 210 Chaîne Youtube Compteur vidéos : Lire la vidéo Partager Chaîne entière Cette vidéo Facebook Twitter Pinterest Tumblr Copiez le lien Lien copié Lecture en cours 02:40 Lire la vidéo Lecture en cours 08:07 Lire la vidéo Lecture en cours 12:45 Lire la vidéo Lecture en cours 01:55 Lire la vidéo France Culture, 27 juin 2023, raccourcir les vacances d'été ? 00:00 / 05:39 Europe 1, club des idées , 3 juin 2021 , "Faut-il supprimer le bac ?" France Culture, Etre & savoir, 31 mai 2021, pénurie profs Radio vidéo Engagement L’engagement des enseignants : entre mutation et continuité Enjeux UA : Vous analysez l’engagement des enseignants dans une perspective socio-historique, avec des travaux portant sur l’ensemble du XXe siècle. Quel est son trait saillant ? Laurent Frajerman : Incontestablement le surengagement, que ce soit sur le plan de la conflictualité, du taux de syndicalisation, de la participation à de multiples organisations. Ce n’est pas spécifique à notre pays. Dans le monde entier, les enseignants sont à la pointe des mouvements sociaux, du fait notamment de leurs faibles salaires, de leurs compétences et de leur choix d’un travail pour autrui. L’engagement est consubstantiel au métier, ce qui explique sa corrélation avec le niveau d’intégration au monde de l’éducation nationale. Enfin, les caractéristiques du travail enseignant ont très tôt favorisé un militantisme non militaire, ouvert à l’expression des individualités. Paru dans "Enjeux" n°268, mars 2021 articles phares Radio-Vidéo France Info, 11 mars 2023, manifestation, mouvement France Culture, 4 03 2020, déclassement enseignant TF1, JT 20 h, 3 nov 2019, résultat des évaluations CE1 Sud Radio, 23 nov 2022, autorité et uniforme

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