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- Mouvements sociaux de 1995 et 2023 : quand la manifestation remplace la grève
Ce post reprend la tribune parue dans le Nouvel Observateur , en la complétant sur certains aspects. Le mouvement de novembre-décembre 1995 a inauguré une série de vagues de grèves sans précédent dans notre histoire sociale. Mais pourquoi le mouvement de novembre-décembre 1995 a-t-il réussi alors que celui de 2023 a échoué ? Entre eux existent de nombreuses similarités : mot d'ordre fédérateur, ampleur des cortèges et des effectifs grévistes, soutien de l'opinion publique. Certes le contexte diffère, comme en témoigne le cas de La Poste et des télécommunications (PTT), qui constituait l'un des fers de lance du mouvement de 1995, fort de son monopole public et de sa culture syndicale (1 400 000 jours de grèves, les Journées Individuelles Non Travaillées, tous les chiffres utilisés dans ce post viennent de sources officielles). La libéralisation de la branche a profondément réduit sa capacité d'action. toutefois, des explications propres à ces mobilisations interviennent également. Mouvements sociaux 1995 et 2023 : une efficacité dépendante du rythme et de l'intensité de la lutte La première raison tient au rythme et à l'intensité de l'action engagée. Alors que la mémoire collective a retenu l'image de la France paralysée en 1995, le 7 mars marquait un tournant pour le mouvement de 2023 : l'échec du pari syndical de mise à l'arrêt du pays a brisé l'élan. Les actions qui suivirent relevèrent davantage de la protestation, de la grève d'expression que d'une lutte menée pour obtenir gain de cause. En effet, sans les cheminots et les agents de la RATP, démotivés après leur course en solitaire durant les vacances de Noël 2019, les forces des salariés protégés du secteur public ne suffisaient pas pour mettre le pays à l'arrêt. D'autant que la conflictualité avait reculé dans d'autres secteurs stratégiques comme les télécommunications ou l'énergie. L'érosion globale de la pratique gréviste se lit dans un investissement intermittent, incapable de créer la socialisation du piquet de grève. En 1995 les cheminots ont été très nombreux à s'engager dans le mouvement, avec une participation exceptionnelle des cadres. Cette ampleur obligeait les structures syndicales et incitait les salariés à s'investir pleinement. Dans les assemblées générales se tissait une certitude : le gouvernement devra céder. Cette foi dans la victoire poussait les grévistes à aller jusqu'au bout. L'arrêt de travail continu a créé un rapport de force durable, avec un effet d'entrainement sur d'autres salariés, alors que l'étalement sur 6 mois n'a pas permis d'enclencher une dynamique en 2023. Si les travailleurs protestaient massivement, beaucoup s'engageaient sans être véritablement persuadés de l'emporter. Il est difficile de se mobiliser pleinement quand c'est d'une manière intermittente et qu'on doute de l'aptitude collective à gagner. Bilan du mouvement contre la réforme des retraites de 2023, Laurent Frajerman sur France24 Ce fatalisme a essentiellement un motif politique. A partir des années 2000, tous les gouvernements adoptèrent une stratégie : ne plus céder à la rue en utilisant les rouages autoritaires de la Ve République. Les échecs de 2003 et 2010 ont pesé sur l'implication des personnes mobilisées : à quoi bon jeter toute son énergie et ses économies dans la bataille si le pouvoir ne cédera pas ? Mai 1968 illustre pourtant les risques de cette approche : une décennie d'autoritarisme gaullien a créé les conditions de l'explosion sociale. Mais les catégories mobilisées n'avaient pas vraiment le profil des gilets jaunes, elles se sont surtout exprimées dans les urnes. La résignation a aussi été nourrie par une longue préparation des esprits : les réformes de la Sécurité Sociale et de la retraite proposées par Alain Juppé survinrent quelques mois après l'élection de Jacques Chirac sur sa dénonciation de la fracture sociale. Le sentiment de trahison alimenta la mobilisation. Alors qu'Emmanuel Macron avait annoncé dès 2017 sa volonté de réformer les retraites. Le mécontentement de la population restait grand, mais la colère était moindre. Retrouver un esprit missionnaire du syndicalisme Une seconde raison tient à l'existence de déserts syndicaux, corrélée à la perte de la culture gréviste dans les entreprises privées. En 1995, les fonctionnaires d'Etat (principalement les enseignants) avaient fait nettement plus de jours de grève que l'ensemble des salariés du privé ! Dès cette époque, la « grève par procuration » apparaissait comme une double impasse : ceux qui portent la grève pour les autres s'épuisent ; ceux qui délèguent leur lutte sont déçus lorsqu'elle s'arrête en fonction des intérêts propres aux acteurs mobilisés. Néanmoins, en 2023, la part des entreprises dans la mobilisation globale, hors secteur du transport, a augmenté (33 % contre 22 % en 1995, estimation tenant compte d'un changement de mode de calcul des chiffres officiels). Ces chiffres - qui vont à l'encontre des visions déclinistes - s'expliquent par la persistance de la conflictualité. Certes, elle reste à un stade embryonnaire, les micro-résistances individuelles ne suffisent pas, mais c'est un signe intéressant. Pour l'avenir, s'il veut encourager cette tendance, le syndicalisme doit se redéployer sur le terrain. Les militants peuvent convaincre par un travail patient et ingrat de la pertinence de l'action collective organisée. Historiquement, le syndicalisme ouvrier est né des conflits du travail. Dans le cas des enseignants, c'est le syndicalisme qui a construit une culture gréviste. Cette logique peut être transposée en allant vers les travailleurs qui n'ont pas le réflexe gréviste. Des appareils syndicaux trop tournés sur eux-mêmes Troisième raison : la responsabilité des appareils syndicaux. Ils ne peuvent se contenter de reproduire les modes d'action inventés en 1995 et 2010. Les mouvements sociaux sont devenus très prévisibles, oscillant entre journée hebdomadaire d'action et incantation à la grève reconductible. Lire aussi : Tribune de Laurent Frajerman dans Le Monde , 8 janvier 2020 : "Syndicalisme : « Nous assistons à la résurgence du mythe de la grève générale »" De plus, en 1995, la base n'a pas tout délégué aux directions syndicales. De multiples initiatives sur le terrain ont contribué au succès. La rupture avec la CFDT n'avait pas empêché les secteurs professionnels acquis à la CGT, FO et la FSU de se mobiliser. En 2023, l'unité syndicale complète constituait un atout majeur. Les consignes de l'intersyndicale étaient scrupuleusement suivies. Mais la recherche d'un consensus contraignait à composer avec les cultures des organisation peu habituées aux luttes, majoritaires électoralement. Dans ces conditions, le manque de démocratie directe a constitué un facteur de passivité, en réduisant le niveau d'appropriation du mouvement par les grévistes. Pourtant, les moyens ne manquaient pas pour consulter les salariés en lutte, aider leur auto-organisation (questionnaires envoyés aux syndiqués par mail, groupes fermés, groupes sur les réseaux sociaux etc.). La manifestation prend le pas sur la grève Enfin et plus fondamentalement, le mouvement de 1995 a inauguré un cycle où la manifestation est devenue centrale. C'est elle qui scandait la mobilisation, et c'est en fonction d'elle que l'on jaugeait son succès (le Juppéthon). la cessation d'activité n'étant comptabilisée que chez les fonctionnaires. Même pour les cheminots, on ne commente plus le nombre de grévistes, mais de trains arrêtés. Tandis que l'historienne Danielle Tartakowsky évoque un modèle de manifestations appendices des grèves, ce modèle s'est inversé. Le nombre cumulé de manifestants est ainsi passé de 4 millions en 1995 à 10 millions à 2023, quand celui des jours de grève a été divisé par deux. Cependant, c'est bel et bien la grève qui avait imposé le recul du gouvernement en 1995, par sa capacité de blocage économique. La manifestation relève davantage d'un acte politique, dépendant de la bonne volonté des interlocuteurs étatiques. On l'a bien constaté en 2023 : sans perturbation économique majeure, la pression sur le pouvoir reste limitée, quelle que soit l'importance des cortèges. Par Laurent Frajerman, agrégé d’histoire et sociologue, Habilité à Diriger des Recherches, CERLIS Université Paris Cité.
- Stéphane Bonnéry : "Temps de l'enfant, rythmes scolaires : vraies questions et faux débats"
Une fois encore, la question des rythmes scolaires et des temps de l'enfant revient sur le devant de la scène. Au printemps 2025, Emmanuel Macron a lancé une Convention citoyenne sur le sujet, réactivant des débats qui ressurgissent de manière cyclique. C'est dans ce contexte que paraît un ouvrage collectif dirigé et présenté par Stéphane Bonnéry [1] qui propose de rompre avec cette "amnésie organisée" en mettant en valeur cinquante ans d'analyses critiques sur ces réformes récurrentes. La thèse de cet ouvrage engagé est forte : alors que chaque nouvelle réforme se présente comme une découverte, les mêmes arguments sont mobilisés depuis des décennies - "rythmes biologiques", "besoins de l'enfant", "fatigue scolaire" - sans jamais tenir compte des recherches accumulées qui ont pourtant déconstruit ces catégories. Cette répétition n'est pas fortuite selon les auteurs rassemblés : elle masque des objectifs constants de réduction du périmètre de l'école publique, de limitation de la dépense publique et de développement du marché éducatif privé. Une archéologie critique des débats éducatifs Disons-le d’emblée : ce livre est de bonne facture et de lecture agréable. Régulièrement, les texte sont résumés et une présentation rappelle leur contexte de rédaction. Il se structure en deux parties complémentaires. La première, rédigée par Stéphane Bonnéry - professeur en sciences de l'éducation à l'Université Paris 8 et directeur de la revue La Pensée - propose une synthèse actualisée s'appuyant sur 25 ans de recherches au sein de l'équipe ESCOL. On retrouve ainsi l’opposition aux notions de "handicap socio-culturel", de "rythmes propres" ou de "compétences" individuelles, analysées comme des variantes d'une idéologie fataliste qui naturalise les capacités des enfants. La seconde partie rassemble des textes choisis publiés entre 1969 et 2025, constituant une véritable archéologie des arguments critiques développés face aux réformes successives. Stéphane Bonnéry documente d’abord la perte massive d'heures d'enseignement depuis vingt ans, particulièrement avec la suppression des cours du samedi matin à l’école primaire en 2008, qualifiée de "Munich pédagogique" par Antoine Prost dans un article célèbre reproduit dans le volume. L'ouvrage établit une corrélation forte entre réduction du temps scolaire et accroissement des inégalités. C’est l’évidence, même s’il est difficile de mesurer la part de ce problème dans la crise du système scolaire, qui est multifactorielle (évolution sociologique des publics, place des écrans, transformation des pratiques pédagogiques, fragmentation croissante du système). L’auteur interroge ensuite la notion de "complémentarité" entre école et loisirs. Il montre comment l'externalisation d'activités accroît les inégalités, grâce à des données précises (le public des conservatoires est composé à 73% d'enfants de cadres contre 5% d'enfants d'ouvriers). Enfin est critiquée la notion floue de "besoins biologiques" mobilisée dans les documents préparatoires à la Convention citoyenne. En effet, les élèves les plus performants sont précisément ceux qui ont les emplois du temps les plus chargés. Une tradition intellectuelle cohérente et non dogmatique La seconde partie du livre est l'occasion d'exhumer une tradition intellectuelle riche sur les questions de l'école, alimentée par des enseignants et intellectuels communistes. La majorité des textes proviennent de deux revues liées au PCF : L'École et la Nation (1951-2000), éditée à destination des enseignants, et La Pensée , revue pluridisciplinaire créée en 1939 par des intellectuels marxistes et rationalistes. Cependant, l'ouvrage inclut également des contributions de chercheurs comme Antoine Prost ou Éric Plaisance qui ne relèvent pas de cette famille politique, ainsi que des syndicalistes. Ce qui les rassemble est un même point de vue critique sur les politiques éducatives menées et un ardent parti pris en faveur de la démocratisation scolaire. Le titre est explicite de ce point de vue, qui distingue les « vraies questions » des « faux débats ». Les textes rassemblés révèlent la permanence des analyses depuis les contributions pionnières de Jacques Beauvais (1969, 1975) sur les notions de "besoin" et de "rythme". L'article fondateur de Lucien Sève "Les dons n'existent pas" (1964) structure l'ensemble. L’ouvrage nous livre d’ailleurs sa suite, centrée sur le sujet du livre : « Rythmes : SOS élitisme », écrit en 1989. Cette unité de réflexion d’auteurs divers, sur plus de cinquante ans s’explique par une confrontation continue aux mêmes mécanismes idéologiques qui, sous des habillages rhétoriques variables, poursuivent des objectifs identiques. La cohérence argumentative du livre n'est pas synonyme d'uniformité : les différents auteurs apportent chacun leur éclairage spécifique. On peut d’ailleurs noter certaines tensions. Sur la question de la fatigue scolaire notamment, les positions oscillent entre négation du phénomène (présenté comme alibi) et réinterprétation (manque d'entraînement plutôt qu'excès de travail). François Brunet reconnaît une fatigue réelle tout en critiquant les solutions proposées, tandis que d'autres auteurs semblent minimiser le phénomène. Une belle citation de Célestin Freinet est rappelée par Jean-Yves Rochex : « Il est admis officiellement que le jeune enfant ne peut pas travailler plus de 40 minutes, et qu’il faut ensuite, dans toutes les classes, 10 minutes de récréation. Or, nous constatons expérimentalement – et cette constatation ne souffre que fort peu d’exceptions – que cette règle scolastique est fausse : lorsqu’il est occupé à un travail vivant qui répond à ses besoins, l’enfant ne se fatigue absolument pas et il peut s’y appliquer pendant deux ou trois heures » [2] . Une contribution essentielle à l'étude des rythmes scolaires La force principale de l'ouvrage réside dans sa capacité à historiciser des débats présentés comme techniques, révélant leurs soubassements idéologiques et politiques. En montrant comment les mêmes arguments reviennent cycliquement sous des formes à peine renouvelées, il dévoile une stratégie politique de long terme visant à transformer l'école républicaine en marché éducatif segmenté. On retrouve ainsi plusieurs fils conducteurs : L'inversion causale systématique : les politiques éducatives prennent les conséquences pour des causes, attribuant à la nature des enfants ce qui résulte de leur socialisation différenciée. Cette confusion permet de justifier le renoncement à l'égalité au nom du "respect" des différences. Le brouillard des mots : les notions de "rythme", "besoin", "compétence" fonctionnent comme des "catégories-écrans" dont le flou permet de jouer sur des registres différents (biologique, psychologique, social) pour naturaliser les inégalités. L'éducation à la diète : derrière les arguments pédagogiques se cachent des enjeux économiques majeurs : réduction de la dépense publique, développement du marché éducatif privé, transfert de charges vers les collectivités locales et les familles. La fracture sociale programmée : l'individualisation des parcours et la limitation des objectifs scolaires participent d'un projet politique de segmentation sociale, empêchant la construction d'une culture commune nécessaire à la cohésion républicaine. Du fait de son objet précis, cette publication ne développe pas de propositions alternatives pour la démocratisation scolaire. Elle reste à un certain niveau de généralité, exigeant l'augmentation du temps scolaire et évoque la nécessité de "conditions matérielles, concrètes et pédagogiques" sans les détailler. Son apport est ailleurs, dans cette idée-force : les réformes des rythmes scolaires servent de véhicule à des transformations structurelles qui accroissent les inégalités sous couvert de les combattre. Elle offre une plongée dans l’histoire, qui permet notamment de constater que la convergence entre une forme de rhétorique progressiste et les politiques néolibérales est ancienne. Et les apports sociologiques affinent ce constat à l’aune des enjeux actuels. Par exemple, le chapitre du syndicaliste Alfred Sorel est particulièrement visionnaire par sa dénonciation dès 1988 de la notion de "compétences", vue comme un instrument de déqualification des diplômes. Les arguments de Jean-Yves Rochex contre la théorie du handicap socio-culturel, formulés en 2000, résonnent toujours aujourd’hui (explication par défaut qui dispense de s’interroger, mise en garde contre deux écueils symétriques : l'ethnocentrisme et le relativisme radical, qui, sous prétexte de "respect" des différences, peut nourrir "une logique d'assignation à résidence culturelle" etc.). ************** En définitive, cet ouvrage constitue une ressource précieuse pour comprendre les véritables enjeux des débats sur les temps de l'enfant, au-delà des mystifications récurrentes. Le souci de rendre accessible les documents présentés est appréciable. La démonstration de l'usage idéologique de catégories pseudo-scientifiques est solidement étayée. Sa lecture permet de prendre la mesure de la permanence des mécanismes à l'œuvre et de la nécessité de maintenir une vigilance face aux réformes qui, sous des habillages modernistes, poursuivent le démantèlement de l'école républicaine. Cela donne d’ailleurs envie de prolonger l'analyse par des comparaisons internationales, tant il semble que ce débat relève de l’exceptionnalité française. Au fond, ce livre démontre que la tradition intellectuelle qu'il met en valeur et actualise reste pertinente pour penser les défis éducatifs contemporains. Ouvrage disponible également sur Cairn : https://shs.cairn.info/temps-de-l-enfant-rythmes-scolaires--9782375260784? [1] Stéphane Bonnéry (dir.), Temps de l’enfant, rythmes scolaires : vraies questions et faux débats , éditions de la Fondation Gabriel Péri, 2025, 249 p. [2] Célestin Freinet, Les invariants pédagogiques (1964), in Pour l’école du peuple , Paris, Maspéro, 1969.
- Le baccalauréat menacé par le contrôle continu
Par Laurent Frajerman, professeur agrégé d'histoire, chercheur associé au Cerlis (Université Paris Cité) Comme chaque année, l'approche des épreuves du baccalauréat ravive les interrogations sur cette institution centenaire. Visiblement, la réforme initiée par Jean-Michel Blanquer l’a déstabilisé, puisqu'elle a été remaniée à chaque session depuis sa mise en œuvre. Les critiques désormais exprimées par l'un des fondateurs de cette réforme, Pierre Mathiot , confirment que les objectifs n'ont pas été atteints. La hausse continue des notes noie le bac. L'inflation des notes fait perdre tout sens à l'évaluation Un baccalauréat dénaturé dans ses fonctions essentielles par la réforme Blanquer et Parcoursup Pour comprendre l'ampleur de la transformation, il convient de rappeler ce qu'était le baccalauréat auparavant. Le baccalauréat constituait le premier grade universitaire et jouait un rôle déterminant dans l'orientation. Il sanctionnait également la fin des études secondaires, indiquant qu'un élève avait achevé avec succès son parcours au lycée. Cette évaluation reposait sur des épreuves anonymes qui garantissaient l'objectivité de la correction, conférant au diplôme une crédibilité incontestable. La réforme Blanquer a consisté précisément à découpler l'orientation de cet aspect d'évaluation de fin d'études. Cette évolution avait déjà commencé auparavant, avec APB, mais la réforme a accentué la tendance. Jusque-là, la moitié des élèves pouvait accéder à l'université sans sélection grâce au baccalauréat. Avec Parcoursup, ce sont désormais cent pour cent des étudiants qui sont soumis à une forme de sélection, dont les critères sont obscurs en prime. Cette transformation a eu des conséquences pratiques majeures. Le système Parcoursup a une gestion si lente et si complexe que les opérations d'inscription ne peuvent plus être effectuées une fois le baccalauréat terminé, contrairement à ce qui se pratiquait auparavant pour l'université. Un découplage s'est donc opéré entre les épreuves du baccalauréat et l'orientation dans l’enseignement supérieur. Aujourd'hui, nous assistons à une perte de crédibilité manifeste, avec une forte proportion d’élèves qui passent leurs épreuves en connaissant déjà leur orientation. Cette situation limite considérablement l'importance accordée au baccalauréat et génère un moindre investissement en fin d'année. Les professeurs constatent que les élèves de terminale sont moins mobilisés, alors que le baccalauréat constituait autrefois un rite social fort qui les motivait. Le contrôle continu au baccalauréat : une fausse bonne idée aux effets pervers Le deuxième élément majeur de dénaturation du baccalauréat réside dans l'introduction massive du contrôle continu, qui compromet sa fonction d'évaluation objective. Auparavant, la correction était entièrement anonyme, garantissant l'objectivité des correcteurs. Cette garantie a disparu pour une grande partie de la notation actuelle. Paradoxalement, cette évolution répondait à une demande sociale : les sondages révélaient un mécontentement face à la complexité du système et une aspiration à davantage de souplesse dans l'évaluation du parcours annuel. Le problème réside dans la dose excessive de contrôle continu introduite dans un contexte global de hausse de la notation, provoquant un envol continu des notes. Cette dérive génère un effet de ciseaux particulièrement préoccupant : d'un côté, une baisse spectaculaire des résultats des élèves français aux évaluations internationales, notamment PISA, et de l'autre, une augmentation constante des notes et des mentions au baccalauréat. Ce phénomène n'est pas spécifiquement français : l'Angleterre connaît une situation similaire. Il s'agit de l'effet d'une pression multiforme exercée par l'institution en faveur d'une évaluation dite positive, qui permet de masquer les différences scolaires. L’objectif qui consiste à encourager les élèves, à leur donner confiance en leur attribuant de meilleures notes, n'est pas dénuée de fondement. Cependant, lorsque certaines matières affichent des moyennes de classe à quinze, voire dix-sept sur vingt, la note perd tout sens. Cette inflation empêche un signalement efficace des difficultés et prive les élèves de la confrontation nécessaire à l'exigence. Ces dysfonctionnements s'amplifient sous l'effet de Parcoursup et de la concurrence entre établissements. Une note récente de la DEPP indique que les 2/3 des établissements privés sous contrat surnotent en contrôle continu. Le système ministériel valide désormais cette pratique bien ancrée dans le secteur privé, en intégrant ces notes faussées dans l'obtention du baccalauréat et pour Parcoursup. En retour, Parcoursup donne un argument puissant aux chefs d'établissement qui incitent les enseignants à surnoter. Seuls les professeurs qui maintiennent un système de notation exigeant sont susceptibles d'être rappelés à l'ordre par les CE et les inspecteurs. Les risques d'une logique de marché éducatif avec la suppression du bac Face à ce constat d'un baccalauréat qui ne sert plus à l'orientation et qui perd son sens, faut-il le supprimer, d'autant qu'il coûte de l'argent ? Cette position serait une erreur. Les difficultés actuelles étaient prévisibles et avaient été annoncées, notamment par moi. Lire aussi : Tribune de Laurent Frajerman dans Le Monde : "Baccalauréat : “Pourquoi il ne faut pas pérenniser le contrôle continu”", 23 juin 2020 Une suppression totale du baccalauréat amplifierait les dérives constatées. Elle installerait une logique de marché encore plus forte, où la réputation des établissements régnerait en maître. Dans une configuration de concurrence grandissante, la communication des établissements jouerait un rôle déterminant, faute d'éléments tangibles permettant aux familles de connaître réellement leurs résultats. Il est donc important de mettre fin à cette dérive en restaurant un système d'évaluation qui garantisse l'égalité de traitement et l'objectivité des jugements portés sur les élèves. La notation locale en contrôle continu génère inévitablement des pressions de la part des parents et des élèves pour obtenir les meilleures notes possibles. Un 12 en anglais dans un très bon établissement peut valoir un 19 dans un lycée moins côté. Personne ne peut plus se repérer dans ce maquis ! Or, un pilotage efficace du système éducatif nécessite des indicateurs objectifs. Le CNESCO a montré que les pays voisins ont mis en place des épreuves de type baccalauréat, confirmant le besoin d'éléments objectifs pour évaluer réellement les élèves et les établissements. Le système ne pouvant constituer une base fiable d'évaluation, il paraît indispensable d'augmenter la part de l'examen terminal et de réduire celle du contrôle continu. Mais ce n'est pas suffisant, car la confusion qui règne actuellement est aussi générée par un second problème, que j'évoquais il y a 16 ans dans un article pour La documentation Française : les inspections font pression sur la notation au bac. Elles calculent les moyennes par correcteur pour harmoniser (toujours par le haut), diffusent des consignes de notation très "bienveillantes" et jouent de la concurrence entre matières (la spécialité SES ayant gonflé ses notes pour attirer des élèves, l'inspection d'histoire-géographie a répliqué sur le même modèle en spécialité HGGSP). Pour calculer les indicateurs de valeur ajoutée, les IVAL, la DEPP a renoncé à utiliser les notes, trop confuses, et ne se base plus que sur les taux de mention, qui s’envolent eux aussi. Lire aussi : Laurent Frajerman, " Repenser le métier de professeur au lycée ?", Regards sur l'actualité, , n° 353, août-septembre 200 9 *** En définitive, le baccalauréat demeure une institution nécessaire, mais sa refondation s'impose, dans le cadre d'une réflexion plus globale sur l'évaluation, pour qu'il retrouve sa fonction première : être un outil d'évaluation objective et équitable, garant de l'égalité républicaine face à l'éducation.
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- Publications politiques éducatives | Laurent Frajerman
Toutes mes publications sur le métier enseignant et les politiques éducatives. Publications : métier et politiques éducatives Réformes éducatives Interview Après l'affaire AOC, où en est le débat sur l'école privée ? Le Café pédagogique, 29 février 2024 Lire Article scientifique La FEN face aux enjeux de l'école moyenne sous la IV° République. Cartographie d'un débat Revue française de pédagogie, n° 159, avril-juin 2007, 69-79 Lire Article Le lycée Chatel : le legs d'une réforme ambigüe nonfiction.fr, juin 2012 Lire Chapitre d'ouvrage Les syndicalismes enseignants devant l'évolution des systèmes éducatifs européens et des identités professionnelles. Allemagne de l'Ouest, Angleterre, Belgique, France, 1960-1985 avec Robert, Lemosse, Tyssens et Wunder, in Pasture, Pigenet, Robert (dir.), L'apogée des syndicalismes en Europe occidentale. 1960-1985, 2005, 51-80 Lire Article scientifique Les tensions de la pensée progressiste sur l'école La Pensée, n°357, janvier 2009, 37-50 Lire Article scientifique Refondation de l'école, la déception enseignante Année de la recherche en sciences de l'éducation, décembre 2017, 179-189 Lire Notation / Bac Interview Bac 2020 : « Les profs veulent surtout que leurs élèves ne soient pas pénalisés » Telerama.fr, 7 avril 2020 Lire Tribune Baccalauréat : « Officiellement, tous les élèves sont bons. Une vérité alternative La Croix, 4 juillet 2025 Lire Tribune Baccalauréat : Pourquoi il ne faut pas pérenniser le contrôle continu Le Monde, 23 juin 2020 Lire Management scolaire Article scientifique Autonomie des établissements et justice en éducation : le débat intellectuel et politique Education et sociétés, n° 41, 2018, 73-91 Lire Chapitre d'ouvrage La continuité pédagogique, une occasion manquée pour les méthodes managériales Bonnéry et Douat (dir), L'éducation au temps du coronavirus, 2020, 133-145 Lire Article scientifique Manager les professeurs ? Les relations hiérarchiques dans l'établissement à l'heure du Nouveau management public Éducation et sociétés, n° 43, 2019, 57-75 Lire Interview Pour une majorité de professeurs, le chef d'établissement incarne un rôle administratif La lettre de l'éducation (Le Monde), n°963, 10 septembre 2018 Lire Métier enseignant Relation parents/élèves pédagogie Tribune L'accompagnement, un levier pour enrichir les pratiques enseignantes L'Humanité, 7 mai 2013 Lire Article Les ambivalences des professeurs français du second degré et de leurs syndicats sur le travail collectif L'éducateur (revue suisse du SER), n°9, octobre 2019, 15-16 Lire Interview Un militantisme pédagogique plus pragmatique, moins idéologique Animation & Education, n° 280, janvier-février 2021 Lire Éducation populaire Article De l'éducation populaire à l'animation périscolaire Sciences Humaines, n° 307, octobre 2017 Lire Article Parcours historique. L'école de la coéducation L'école des parents, n°581 (spécial 60e anniversaire), novembre 2009, 10-13 Lire Tribune Le phénomène #pasdevagues doit sa force à l'agrégation de colères hétérogènes Le Monde, 14 novembre 2018 Lire Article Parents-école-élèves. L'entente conflictuelle L'école des parents, n°581 (spécial 60e anniversaire), novembre 2009, 72-75 Lire Interview Crise de recrutement des profs, la faute aux salaires et aux conditions de travail Le Café pédagogique, 7 juillet 2023 Lire Tribune Crise du recrutement des enseignants : « On peut craindre qu'un point de non-retour ait été atteint » Le Monde, 31 mai 2022 Lire Article Des profs déclassés ? Sciences Humaines, avril 2020 Lire Article Repenser le métier de professeur au lycée ? Regards sur l'actualité, La documentation Française, n° 353, août-septembre 2009, 55-71 Lire
- Engagement, mouvements sociaux & éducation | L. Frajerman
L. Frajerman, socio-historien. Ressources sur les mouvements sociaux, l'engagement syndical et politique des enseignants, leur culture professionnelle, les réformes éducatives.... Laurent Frajerman Mouvements sociaux, enseignants & politiques publiques Intro accueil Ce site offre des ressources variées : Avec des publications de format différent : du post au livre , en passant par des articles, passages TV et radio... Avec des analyses qui relèvent de la recherche, mais aussi de l'expertise (médias , blog , articles) Depuis la Troisième République jusqu'aux enjeux contemporains (socio-histoire) Mon terrain de recherche est celui des enseignants, en raison de leur militantisme ancré à gauche, de la force de leurs mobilisations et de leur syndicalisme. Entre hussards de la République et #profbashing , ils suscitent mythes et controverses, que je décrypte. Mouvements sociaux de 1995 et 2023 : quand la manifestation remplace la grève Grève reconductible ou manifestation massive : quelle stratégie gagnante ? Le mouvement social de 1995 comparé à celui de 2023 pour comprendre les conditions du succès Stéphane Bonnéry : "Temps de l'enfant, rythmes scolaires : vraies questions et faux débats" Chaque réforme des rythmes scolaires recycle les mêmes arguments depuis 50 ans. Coïncidence ? C'est l'objet du livre de Stéphane Bonnéry Le baccalauréat menacé par le contrôle continu Le bac version Blanquer ne marche pas, les notes ne veulent plus rien dire. Il est urgent de réduire la part du contrôle continu. #conflits sociaux #politique #syndicalisme #identités collectives #éducation populaire #métier #fonctionnaires #management #grève #pédagogie Engagement/militantisme Toutes les publications sur l'engagement Mes ouvrages Ce livre analyse l'histoire de la Fédération de l'Éducation nationale sous la IVe République pour comprendre l'influence paradoxale qu'elle exerce aujourd'hui sur la FSU. Il explore les interactions entre la majorité réformiste de la FEN et le courant unitaire (Unité et action), proche de la CGT, montrant que ce dernier constitue moins une alternative révolutionnaire qu'une version radicalisée du modèle FEN. Fruit de vingt années de recherches croisant sources orales, archives inédites et littérature militante, l'étude examine la cohabitation de deux cultures syndicales (instituteurs du SNI et professeurs du SNES) et l'articulation entre structures locales et nationales. Elle interroge ce qui prime dans ces relations entre frères ennemis : l'idéologie, l'identité professionnelle ou le niveau d'engagement militant. Des clés pour comprendre le syndicalisme enseignant , d’hier comme d’aujourd’hui. Présentation et livre gratuit Les enseignants sont réputés pour la récurrence et la force de leurs grèves . Pourtant, ils doutent de son efficacité. Quel bilan tirer des différentes grèves enseignantes ? Présentation et livre gratuit J'ai lu Stéphane Bonnéry (dir.), Temps de l'enfant, rythmes scolaires : vraies questions et faux débats Cet ouvrage collectif constitue une ressource précieuse pour comprendre les enjeux des débats sur les rythmes scolaires. Stéphane Bonnéry, directeur de la revue La Pensée... Éditions de la Fondation Gabriel Péri, 2025 Jean-Noël Luc, Jean-François Condette, Yves Verneuil, Histoire de l'enseignement en France. XIXe-XXIe siècle Cet ouvrage constitue une véritable somme qui tient compte des acquis et des problématiques les plus récentes de l'historiographie. Jean-Noël Luc, Jean-François Condette et Yves Verneuil, grands... Armand Colin, 2020 Guy Lapostolle, Les experts contre les intellectuels Guy Lapostolle propose un parcours socio-historique particulièrement éclairant sur l'engagement des chercheurs en éducation. L'ouvrage analyse comment les recherches en éducation sont utilisées dans la société, notamment... PUN, 2019 Anne Barrère, Au cœur des malaises enseignants Anne Barrère figure parmi les sociologues les plus importantes dans le champ de l'éducation. L'une de ses forces réside dans son parcours : après avoir enseigné... Armand Colin, 2017 Tous les comptes-rendus Radio-Télévision (chaîne Youtube , 204 vidéos : @laurent.frajerman ) Lire la vidéo Partager Chaîne entière Cette vidéo Facebook Twitter Pinterest Tumblr Copiez le lien Lien copié Lecture en cours 02:40 Lire la vidéo Lecture en cours 08:07 Lire la vidéo Lecture en cours 12:45 Lire la vidéo Lecture en cours 01:55 Lire la vidéo France Culture, 27 juin 2023, raccourcir les vacances d'été ? 00:00 / 05:39 Europe 1, club des idées , 3 juin 2021 , "Faut-il supprimer le bac ?" France Culture, Etre & savoir, 31 mai 2021, pénurie profs Radio vidéo Engagement L’engagement des enseignants : entre mutation et continuité Enjeux UA : Vous analysez l’engagement des enseignants dans une perspective socio-historique, avec des travaux portant sur l’ensemble du XXe siècle. Quel est son trait saillant ? Laurent Frajerman : Incontestablement le surengagement, que ce soit sur le plan de la conflictualité, du taux de syndicalisation, de la participation à de multiples organisations. Ce n’est pas spécifique à notre pays. Dans le monde entier, les enseignants sont à la pointe des mouvements sociaux, du fait notamment de leurs faibles salaires, de leurs compétences et de leur choix d’un travail pour autrui. L’engagement est consubstantiel au métier, ce qui explique sa corrélation avec le niveau d’intégration au monde de l’éducation nationale. Enfin, les caractéristiques du travail enseignant ont très tôt favorisé un militantisme non militaire, ouvert à l’expression des individualités. Paru dans "Enjeux" n°268, mars 2021 articles phares Radio-Vidéo France Info, 11 mars 2023, manifestation, mouvement France Culture, 4 03 2020, déclassement enseignant TF1, JT 20 h, 3 nov 2019, résultat des évaluations CE1 Sud Radio, 23 nov 2022, autorité et uniforme
- Métier & politiques éducatives | Laurent Frajerman
Métier enseignant & politiques publiques Quel avenir pour l'école française et les enseignants sur lesquels tout repose en dernière instance ? Cette page réunit des analyses sur les politiques éducatives contemporaines : baccalauréat et inflation des notes, autonomie des établissements, crise du recrutement, problèmes de mixité sociale et concurrence public-privé… Articles dans les revues scientifiques de référence, tribunes et interviews dans de nombreux médias : un regard de chercheur, nourri par vingt-cinq ans d'enseignement en lycée, pour décrypter un système éducatif dont la crise s'aggrave réforme après réforme. Toutes mes tribunes sur l'éducation Blog, éducation Exemples de publications sur l'éducation Stéphane Bonnéry : "Temps de l'enfant, rythmes scolaires : vraies questions et faux débats" Chaque réforme des rythmes scolaires recycle les mêmes arguments depuis 50 ans. Coïncidence ? C'est l'objet du livre de Stéphane Bonnéry Le baccalauréat menacé par le contrôle continu Le bac version Blanquer ne marche pas, les notes ne veulent plus rien dire. Il est urgent de réduire la part du contrôle continu. Dossier « L’école », La Pensée, n°357, 2009 Interview Après l'affaire AOC, où en est le débat sur l'école privée ? Les dysfonctionnements du collège Stanislas brisent le silence sur l'enseignement privé : un système opaque, financé à 75% par l'État, qui fonctionne sans contrepartie, avec une sélection massive. L'enjeu : empêcher un système à deux vitesses au détriment de l'école publique. Le Café pédagogique, 29 février 2024 Lire Interview Bac 2020 : « Les profs veulent surtout que leurs élèves ne soient pas pénalisés » Face à l'improvisation liée au Covid, les enseignants craignent un bac injuste plus qu'ils ne défendent des habitudes. Le contrôle continu massif fait exploser les notes sans garantir la comparabilité entre élèves. L'enjeu est de sauver la crédibilité du diplôme tout en évitant que la cohorte 2020 soit stigmatisée. Telerama.fr, 7 avril 2020 Lire Article scientifique Autonomie des établissements et justice en éducation : le débat intellectuel et politique L'autonomie est présentée comme un remède aux inégalités, mais aucune preuve ne confirme qu'elle réduise réellement les écarts scolaires. Mais elle risque de renforcer la concurrence entre établissements si elle s'accompagne de logiques de marché. Comment préserver un cadre national qui garantisse l'égalité plutôt qu'une décentralisation libérale ? Education et sociétés, n° 41, 2018, 73-91 Lire Article scientifique La FEN face aux enjeux de l'école moyenne sous la IV° République. Cartographie d'un débat La FEN hésite entre deux modèles d'école moyenne – prolonger le primaire ou ouvrir le secondaire –. Les débats portent moins sur la démocratisation que sur la défense de positions professionnelles parfois concurrentes (instituteurs, certifiés, agrégés). La fédération accompagne ainsi une réforme décisive sans réussir à imposer une ligne cohérente. Revue française de pédagogie, n° 159, avril-juin 2007, 69-79 Lire Présentation Toutes mes publications sur l'éducation Radio-Vidéo France Culture, Etre & savoir , La France manque-t-elle d'enseignants ?, 31 mai 2021 Europe 1, Faut-il supprimer le bac ? , 3 juin 2021 France Culture, 4 03 2020, déclassement enseignant TheConversation, Réformer l'école, 18 09 2017 Réformer ou transformer l’éducation ? L. Frajerman, Philippe Watrelot et Béatrice Mabilon-Bonfils Lire la vidéo Lire la vidéo 12:45 Inflation des notes : quand l'école perd ses repères 58% des élèves obtiennent désormais une mention au baccalauréat. Cette inflation révèle un déséquilibre complet : nous sommes passés d'une notation qui pouvait traumatiser les élèves à l'autre extrême, vidant progressivement le baccalauréat de son sens, y compris aujourd’hui le bac de français qui constituait notre dernier repère fiable d'évaluation anonyme pour Parcoursup. Interventions de Laurent Frajerman dans un débat sur @franceinfo animé par @PatriceRomedenne avec Eléonore Bailly, 4 juillet 2025 Les consignes d'harmonisation ne vont que dans un sens - surveiller les correcteurs trop sévères, jamais ceux qui sur-notent. Résultat : des professeurs mettent 17 de moyenne quand d'autres maintiennent 11 ou 12, créant un système confus où nous ne savons plus ce que signifie une note. La dégradation touche également la formation des enseignants. La réforme Borne permettrait de passer le CAPES après seulement deux ans et demi d'études, représentant un recul de plus de cinquante ans dans la formation. Jamais nous n'avons connu un recrutement sur une base disciplinaire aussi faible. Jean-Pierre Chevènement voulait 80% d’un classe d’âge au bac en augmentant le niveau. Aujourd’hui, alors que les notes s'envolent artificiellement, les évaluations internationales comme PISA et TIMSS montrent que un réel recul. Les élèves qui n'obtiennent toujours pas le bac constituent un noyau particulièrement difficile que l'école n'arrive pas à attaquer. Aujourd’hui, on les noie dans la masse en prétendant que le problème est résolu. Le problème est aussi économique : s'occuper réellement des difficultés coûtant cher, le ministère préfère mettre les élèves ensemble en laissant les professeurs se débrouiller. Lire la vidéo Lire la vidéo 02:37 A l'occasion de la marche blanche organisée pour #Shemseddine, un débat plus large s'est ouvert.Sur l'autorité à l'école, Laurent Frajerman constate qu'une culture de la bienveillance un peu décalée subsiste dans la hiérarchie de l'éducation nationale. Il a calculé qu'il y a 3 fois plus d'actes graves que d'exclusions. Et que les ministres successifs ont fait plus de déclarations que d'actes... Il rappelle aussi l'asphyxie des services publics, le manque de prévention qui nourrit la délinquance. Intervention de Laurent Frajerman dans le club @LCI, présenté par Marie-Aline Méliyi. Vendredi 12 avril 2024. #pasdevague, Blanquer, éducation et répression Lire la vidéo Lire la vidéo 09:07 Le point sur les annonces d'Anne Genetet : groupes de niveau light en 4e-3e, brevet devenu un véritable examen, épreuve anticipée de maths pour le baccalauréat... Le discours sur l'exigence scolaire et la fin d'un enseignement uniforme emportent l'adhésion de la population et de beaucoup d'enseignants, mais il ne doivent pas cacher un tri social. Dans quel esprit les dispositifs seront-ils mis en place ? Avec quels moyens ? Sans oublier le drame de l'absence de mixité sociale provoquée par l'école privée, mais aussi une segmentation de l'école publique selon le territoire. Echange avec Eléonore Bailly et Jean-Baptiste Marteau, Matinale de France Info TV, 12 novembre 2024 #AnneGenetet, #ChocDesSavoirs, #Acte2, #brevet, #bac, tri social, #PISA Lire la vidéo Lire la vidéo 01:41 L’uniforme permettra-t-il de restaurer l'autorité à l’école ? Il est permis d'en douter. Ce débat permet de revenir sur l'exercice de l'autorité dans une classe, du rôle du professeur de garant du cadre, pour assurer aux élèves la possibilité d'échanges libres et respectueux. Laurent Frajerman interviewé par Jean-Jacques Bourdin, @SudRadioOfficiel, 23 novembre 2022, extrait. Emission intégrale ici : https://www.youtube.com/watch?v=f_DB5vYXk-w&t=9s #UniformeScolaire, #autorité de l'enseignant Lire la vidéo Lire la vidéo 00:43 Sans mixité sociale des établissements et sans budget correct, le niveau éducatif des élèves français ne peut que baisser. Extrait d'un échange avec Eléonore Bailly et Jean-Baptiste Marteau, Matinale de France Info TV, 12 novembre 2024 #mixitésociale, #budgetéducation, #AnneGenetet, #ChocDesSavoirs, #écoleprivée, #démocratisationscolaire Lire la vidéo Lire la vidéo 02:01 Le métier enseignant est soumis à de nouvelles exigences, notamment de la part des parents d'élèves. Comment relever le défi ? Quel sens donner à la co éducation ? Extrait d'une interview de Laurent Frajerman au Grand JT de l'Education par Virginie Guilhaume, 7 mars 2023, SqoolTV Emission complète : https://www.youtube.com/watch?v=IKbeAC_Ul0c&t=295s En voir plus Table ronde. Autonomie des établissements scolaires, justice et efficacité : regards de syndicalistes français Frédérique Rolet (SNES-FSU) et Philippe Tournier (SNPDEN-UNSA) Éducation et sociétés , 2018, n° 41, 93-103 Débat de fond entre le SNES-FSU et le SNPDEN-UNSA, deux forces syndicales majeures dans les lycées et les collèges, issues de la scission de la FEN en 1992. Elles défendent des intérêts divergents (enseignants et chefs d’établissements) sur cette question stratégique de l'autonomie des établissements, du recrutement et de l'évaluation des enseignants. Lire




