Les éditoriaux syndicaux à la FSU, une tentative de prescription d'opinion sur des sujets clivants
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Dernière mise à jour : il y a 12 heures
L'éditorial d'une revue syndicale n'est pas un texte ordinaire. Il occupe la première page, il engage l'organisation entière par la signature de sa porte-parole et première dirigeante, et il est adressé à tous les adhérents. Quand deux secrétaires générales de syndicats de la Fédération Syndicale Unitaire prennent des positions politiques tranchées sans avoir consulté la base sur Gaza, l'Iran, l'extrême droite ou le licenciement d'un humoriste militant, cela interroge la conception même que ces organisations se font de leur rôle.
Le syndicalisme combatif ne peut pas être apolitique : il œuvre à une transformation de la société, ce qui implique des positions politiques. Mais il existe une mauvaise manière d'être politisé, qui consomme l'énergie syndicale sur des sujets éloignés du cœur de métier, adopte un programme clé en main importé de l'extérieur, et prend en Une des positions clivantes dont elle sait que les syndiqués ne veulent pas.
La liberté d'expression et le cas #Meurice
Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU, majoritaire dans le second degré, s'indigne du licenciement de Guillaume Meurice, sans rappeler que celui-ci a été sanctionné pour avoir répété une blague nazifiant un Juif et se moquant de la circoncision. La liberté d'expression mérite d'être défendue. Elle reste encadrée par la loi, notamment la loi antiraciste de 1972. La jurisprudence protège les humoristes à condition que le second degré soit identifiable, ce qui est loin d’être évident avec Guillaume Meurice. De fait, chacun place le second degré où il veut, mais rien n’oblige la FSU à valoriser des positions ambiguës.

Gaza et la qualification de « génocide ».
La secrétaire générale du #SNES évoque la tragédie de Gaza dont le territoire est « anéanti, vidé de ses habitants car décimé par le génocide ». Formulée ainsi, la phrase signifie que deux millions de personnes ont été éliminées par Tsahal. Diffuser une information aussi inexacte dans un journal syndical pose problème, dans un contexte où le conflit israélo-palestinien alimente déjà l’antisémitisme en France. La hausse continue des agressions contre des Juifs en France, qui représentent la moitié des violences racistes pour une population pourtant très minoritaire, ne font l'objet d'aucun commentaire dans la presse de la FSU, syndicats nationaux compris. La qualification de « guerre génocidaire » utilisée dans des communiqués syndicaux, contestée par de nombreux experts, ne relève pas du registre habituel d'une organisation syndicale. La question centrale n'est d'ailleurs pas l'exactitude de la formule, mais son effet : une telle position divise les salariés au lieu de les unir, et entretient le risque d'amalgame avec les horreurs nazies.

L'extrême droite, seul danger pour les droits humains ?
Sandrine Monier, co-secrétaire générale de la FSU-SNUipp, majoritaire dans le premier degré, signe en première page de Fenêtres sur Cours un éditorial soutenant que « l'extrême-droite est sortie renforcée d'un emballement médiatique qui a soudainement conduit à la considérer plus fréquentable que ses opposant·es du camp progressiste ». La formulation laisse entendre que les médias auraient indûment monté en épingle le meurtre commis par des militants antifascistes et les propos antisémites de Jean-Luc Mélenchon, qui sont les deux éléments ayant alimenté le débat durant cette séquence. Sophie Vénétitay désigne aussi l'extrême droite comme un grave danger dans L'Université Syndicaliste. Le constat est incontestable, mais un tel cadrage des deux organisations n'est pas anodin : il permet d'exiger l'alliance de la gauche avec La France Insoumise, avec le même angle aveugle sur la brutalisation du débat politique provoquée par ce parti. Tous les faits qui dérangent la démonstration "antifasciste" - notamment le bénéfice enregistré par le RN à avoir de tels adversaires - sont passés sous silence. Les résultats des élections municipales ont montré que beaucoup d'électeurs de gauche n'ont pas suivis ces leaders syndicaux.

L'Iran, un allié contre l'impérialisme US dans la logique campiste ?
Sophie Venetitay affirme que « rien ne justifie l'offensive contre le régime iranien ». Cette affirmation tranchée fait l'impasse sur plusieurs éléments structurants du dossier : la perspective qu'un régime théocratique soutenant des organisations terroristes accède à l'arme nucléaire, la répression de la population iranienne depuis cinquante ans et les milliers de manifestants tués lors des mouvements de contestation. Dans la logique campiste, il faut choisir le camp de l'impérialisme US ou celui de ses adversaires, islamistes compris. Est-ce celle du SNES ?

Une posture qui rompt avec l'évolution du syndicalisme enseignant
Le SNI-PEGC, entre 1968 et 1982, dictait explicitement à ses adhérents leur position politique, l'éditorial indiquant ce qu'il fallait penser des événements, comme l'a montré André Robert. Cette pratique de mentorat avait été abandonnée à partir des années 1990, à mesure que les enquêtes désignaient la politisation excessive comme l'une des principales raisons invoquées pour quitter les syndicats. Elle réapparaît aujourd'hui, dans un syndicalisme dont l'influence est sans commune mesure avec celle du SNI-PEGC à son apogée.
Toutes les publications de Laurent Frajerman sur l'engagement et le syndicalisme
Des sujets clivants en décalage avec la base
L'enquête Militens, menée auprès d'un échantillon solide de 928 enseignants de la mouvance FSU, indique que 21 % se classent à droite ou au centre, 14 % refusent de se prononcer (dans ce questionnaire, cela signifie qu'une moitié est abstentionniste et l'autre de droite), 33 % votent pour la gauche réformiste et 31 % pour la gauche radicale, PCF inclus. La base est plus hétérogène que les Unes ne le laissent supposer, et les adhérents ne sont jamais consultés sur les positionnements clivants pris en leur nom.
Que faire ?
Pas la neutralité, qui serait un aveu d'impuissance dans un pays où l'État joue un rôle central dans les relations professionnelles. Mais une autolimitation : le syndicalisme apporte une valeur ajoutée lorsqu'il parle depuis son ancrage professionnel et ses sujets d'expertise. L'égalité salariale et les discriminations dans l'emploi pour le féminisme, le soutien aux élèves menacés d'expulsion pour les questions migratoires, la défense du service public pour la laïcité. Sur le reste, le syndicalisme combatif gagnerait à reconnaître qu'il n'a pas à dire à ses adhérents ce qu'ils doivent penser. A leur apporter des éléments de réflexion plus que des slogans




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