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  • Vote et positionnement politique des fonctionnaires : un glissement à droite inéluctable ?

    Laurent Frajerman, Observatoire FSU et Cerlis université de Paris Les fonctionnaires ne votent plus automatiquement à gauche, et ce depuis quelques années[1]. Pourtant dans toute l’Europe, les recherches sociologiques ont montré l’existence d’un « ethos de service public », c.a.d. d’une culture professionnelle et politique qui s’appuie sur un ensemble cohérent de valeurs donnant « sens à leur mission : neutralité, égalité, défense de l’intérêt général », principes éthiques conjugués au « désir d’avoir un travail socialement utile ». En conséquence, les agents du service public accordent une plus grande importance « à ce qui est bénéfique aux autres et à la société, aux principes de responsabilité et d’intégrité et considèrent moins souvent l’argent et les hautes rémunérations comme les finalités ultimes de la vie professionnelle » [2]. Jusque-là, cette culture spécifique trouvait son débouché politique à gauche, dans ses différentes composantes. Ce n’est plus le cas : Un sondage IFOP pour le site Acteurs publics donne un total des candidats de gauche à 31,5 % contre 24,5 % à Emmanuel Macron, 11,5 % à la droite et 32,5 % à l’extrême droite ! Non seulement, la gauche est largement minoritaire, mais la comparaison avec 2017 montre qu’elle continue de régresser, au profit notamment de l’extrême droite (sondage Ipsos/Cevipof )[3] : Que penser de ces résultats ? On sait qu’un sondage isolé peut être biaisé, du fait de problèmes d’échantillon notamment[4]. Comparer avec d’autres enquêtes est donc indispensable. Justement, j’ai coordonné pour la FSU un sondage IPSOS adressé à 1 500 fonctionnaires, qui les interrogeait sur leurs préférences politiques. Un problème méthodologique : l’IFOP a-t-il procédé à une addition de sondages ? Bruno Botella affirme dans Acteurs publics que l’enquête aurait été « effectuée juste avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie ». Ce n’est pas ce que dit la notice d’IFOP qui évoque un délai de 5 semaines pour recueillir les réponses, délai inhabituellement long. De fait, l’évolution des intentions de vote durant cet intervalle pose un problème d’interprétation : Fabien Roussel est certainement sous- évalué (il double son score dans cette période), contrairement à Yannick Jadot et surtout Anne Hidalgo (qui ont régressé). Les dynamiques de campagne et les débats politiques sont masqués par cette méthode. Je n’y vois qu’une explication, que j’ai soumise au commanditaire du sondage : l’échantillon très confortable de 1 920 personnes aurait été réuni en additionnant les fonctionnaires qui se trouvaient dans divers sondages (la notice évoque un extrait d’un échantillon de 17 043 personnes, on peut penser qu’il s’agit plutôt de 17 échantillons de 1000 personnes.) Est-ce pour cette raison que le vote enseignant n’est pas précisé ? Ce n’est pas un détail, car ils se distinguent des autres fonctionnaires. La spécificité enseignante En effet différentes enquêtes ont montré depuis longtemps que le principal clivage politique se situe entre enseignants et autres fonctionnaires. Les enseignants sont plus politisés (ils sont plus nombreux à déclarer une préférence partisane) et nettement plus à gauche que les autres fonctionnaires. Les enseignants sont particulièrement réfractaires à l’extrême droite. En 2007, 3 % d’entre eux indiquent qu’ils auraient pu voter pour Jean-Marie Le Pen[5]. Dix ans plus tard, Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan récoltent le même score[6]. Comme on ne voit pas les intentions de vote des enseignants dans le sondage Ifop, on ne distingue pas de grande différence entre les versants de la fonction publique, mis à part un meilleur score promis à Emmanuel Macron dans la Fonction Publique Hospitalière (plus 5 points par rapport à la Fonction Publique d’Etat). Des catégories statutaires, des cultures politiques Un second clivage, social, existe néanmoins, montrant l’hétérogénéité de la fonction publique. Les catégories C se reconnaissent plus dans l’extrême droite, et surtout dans aucune force politique. Dans la Fonction Publique, les emplois les moins qualifiés disposaient d’un avantage salarial et horaire par rapport au privé. Pour les milieux populaires, l’accès à un poste de fonctionnaire constituait une voie d’ascension sociale. Les catégories C trouvaient dans le syndicalisme et un vote orienté à gauche une protection pour ces acquis, d’autant que c’est un ministre communiste, Anicet Le Pors, qui avait amélioré le statut des fonctionnaires territoriaux, nombreux dans cette catégorie. Or cela tend à disparaître depuis le gel du point d’indice. Seule subsiste la sécurité de l’emploi, et des conditions de travail moins impactées par un management agressif. Les catégories les plus élevées dans l’échelle sociale votent plus à gauche, signe d’une adhésion plus forte à l’ethos de service public. Ainsi, plus de cadres déclarent que l’intérêt général les guide au quotidien (10 points de plus que les catégories C). On sait par ailleurs qu’ils sont plus souvent issus de familles de fonctionnaires, perpétuant ainsi une culture politique de centre gauche. Une extrême droite forte, mais friable Par rapport à 2017, l’extrême droite progresse et s’installe à un niveau inquiétant. Mais ce n’est que faiblement un vote d’adhésion idéologique. Seulement 11 % des fonctionnaires affichent leur proximité avec le Rassemblement National ou Debout La France (Reconquête n’existait pas au moment de la passation du questionnaire Ipsos). La fonction publique reste une terre de conquête pour l’extrême droite, et ce décalage laisse penser que celle-ci peut refluer. La dédiabolisation de Marine Le Pen, combinée à l’illusion d’un aspect social permettent d’attirer un électorat populaire, comme le montre le soutien plus grand de la catégorie C. Dans un sens, Marine Le Pen continue de profiter de la ligne Philippot et les syndicats ont tout intérêt à faire connaitre son vrai programme, et notamment l’abandon de la retraite à 60 ans. Mais cela ne suffira pas, puisque le racisme décomplexé d’Eric Zemmour semble également attirer des fonctionnaires. Quel est le profil plus précis du fonctionnaire proche de l’extrême droite ? La méthode statistique de la régression logistique (ou odds ratio) permet de prédire la probabilité de ce choix « toutes choses égales par ailleurs », donc de voir l’effet pur d’une donnée. Les interactions entre variables sont éliminées avec cette approche. Le profil type du fonctionnaire proche de l’extrême droite est un homme de catégorie C. Eventuellement proche de FO. Les catégories C sont moins éloignées de la sphère de l’entreprise, ainsi 36 % seulement considèrent qu’il est secondaire que le service public fasse « évoluer ses métiers pour mieux prendre en compte les besoins des entreprises privées », contre 47 % des catégories supérieures et 53 % des enseignants. Justement, elles sont celles qui se reconnaissent le moins dans le syndicalisme, cette corrélation en fait un rempart à consolider : Toutefois, un syndicalisme qui se fixerait cet objectif se heurterait à un obstacle : les fonctionnaires de catégorie C promeuvent une vision dépolitisée, destiné surtout à protéger les agents en difficulté (29 %, 5 points de plus que leur hiérarchie, les catégories A non enseignants) et à les informer, au détriment de sa capacité à proposer des solutions (- 13 points). Globalement, 71 % des fonctionnaires soutiennent cette vision d’un syndicalisme de proximité et de protection, peu apte à transmettre des valeurs plus globales, humanistes. L’absence de positionnement politique, un défi démocratique La comparaison entre le positionnement politique des français et des fonctionnaires montre une forme de banalisation de leur comportement, à deux exceptions près. * La faiblesse du centre illustre le rejet du bilan du quinquennat par les fonctionnaires, victimes du gel du point d’indice, d’un projet de réforme des retraites nocif pour eux et de la destruction du paritarisme : plus de trois fonctionnaires sur quatre considèrent qu’il est problématique que les représentants élus du personnel n’aient plus autant d’informations sur l’évolution de leur carrière (Ipsos/FSU). Toutefois, cette analyse est contredite par le sondage IFOP, qui donne quand même 24,5 % d’intentions de vote à Emmanuel Macron. Selon moi, ce vote est aussi fragile que celui pour l’extrême droite, mais il est émis cette fois par les catégories les plus diplômées et les mieux payées, que le déclin du centre-gauche laissent orphelines. * Les fonctionnaires sont encore plus nombreux que les français à refuser de signaler une proximité partisane. : 56 % des catégories C, et encore 33 % des catégories A. Ce phénomène de rejet des catégories politiques, qui a globalement pris de l’ampleur ces dernières années, explique en bonne partie le recul de la gauche parmi les « gens du public »[7]. J’ai donc procédé à une seconde régression logistique pour analyser la probabilité d’être sans proximité politique « toutes choses égales par ailleurs ». Notons que les sondages d’intention de vote, comme celui d’Ifop, éliminent l’abstention, qui ne se répartit pourtant pas de manière uniforme selon le profil des citoyens. Le profil type du fonctionnaire sans attache politique est une jeune femme de catégorie C éloignée des syndicats Ce résultat est conforme aux acquis de la science politique, qui depuis Pierre Bourdieu montre que l’âge, le sexe et le niveau de diplôme influent sur le sentiment de compétence politique, et donc sur la participation. Il confirme également que l’activité syndicale peut jouer sur la politisation, à condition de porter un contenu au minimum civique. Conclusion : comment repolitiser les fonctionnaires dans un sens progressiste ? Ces deux sondages laissent donc le mystère entier : pourquoi une telle évolution, alors que « traditionnellement, les suffrages des salariés du public se portent davantage vers les partis qui défendent le maintien de l’État social et (…) l’accès aux biens publics »[8] ? D’une part, parce que les fonctionnaires ne sont pas isolés du corps social, et participent à ses évolutions globales, y compris pour la focalisation sur la xénophobie. D’autre part, la crise de la gauche se manifeste si fortement dans son ancien bastion parce qu’elle a déçu et est apparue incapable de défendre le service public. Cela a ouvert la voie à une dépolitisation, qui se manifeste de plusieurs façons : les hommes de catégorie C se tournent plus vers l’extrême droite, les femmes de catégorie C sortent du champ politique et les cadres fluctuent dans leur vote, au bénéfice du centre quand le contexte lui est favorable. Ces offres politiques sont pourtant incompatibles avec l’ethos de service public, mais elles labourent un champ laissé en jachère. ​Laurent Frajerman ​​Chercheur (CERLIS Université de Paris, Observatoire de la vie fédérale FSU) Professeur agrégé d'Histoire au Lycée Lamartine [1] Luc Rouban, « Le vote des fonctionnaires en 2012 ou la crise de l'appareil d'état », Revue française d'administration publique 2013, n° 146, p. 465-479. [2] Cédric Hugrée, Étienne Penissat, Alexis Spire, « Les différences entre salariés du public et du privé après le tournant managérial des États en Europe », Revue française de sociologie, 2015, vol. 56, p. 47-73. p. 58 [3] Luc Rouban, L’enquête électorale française, Cevipof/Ipsos, note 28, janvier 2017, tableaux 3 et 4, échantillon inconnu. [4]https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/11/04/dans-la-fabrique-opaque-des-sondages_6100879_823448.html [5]Questionnaire Engens, Ceraps, direction Frédéric Sawicki, échantillon représentatif fourni par le rectorat de Lille. [6] Questionnaire Militens, Ceraps / FSU, direction Laurent Frajerman, échantillon représentatif fourni par la DEPP, ministère de l’éducation nationale. https://www.laurent-frajerman.fr/militens [7] Singly (François de), Thélot (Claude), 1988, Gens du privé, gens du public : la grande différence. Paris, Dunod. [8] Cédric Hugrée, Étienne Penissat, Alexis Spire, « Les différences entre salariés du public et du privé », art. cit., p. 61.

  • Primaire Populaire, accusations de racisme contre les enseignants & liberté pédagogique

    Une organisation nouvelle est apparue dans le champ politico-médiatique. Au nom d’un objectif louable (obtenir l’union de la gauche aux prochaines échéances électorales), ses organisateurs ont développé un programme détaillé qu’ils prescrivent à la gauche. Or plusieurs aspects sont inquiétants pour les enseignants et nécessitent une clarification de la part de la Primaire Populaire. Une collaboration étrange Mes interrogations sur la Primaire Populaire remontent à novembre 2021, lorsque je découvre avec étonnement qu’elle invite Fatima Ouassak à un événement qu’elle organise. Les positions de cette proche de Sandrine Rousseau commençaient à être connues. Notamment via un article de Marianne. Je me fends alors d’un tweet à un autre invité de la Primaire Populaire : Cette réponse du Community Manager qui assume parfaitement la rhétorique de Fatima Ouassak avait le mérite de la clarté. Je l’ai repostée un mois plus tard, dans un thread qui interpellait la Primaire Populaire, sans réponse de sa part. J’en déduis que la présence d’une adepte du #profbashing n’est pas le fruit du hasard. Des soutiens de la Primaire Populaire qui pratiquent le #profbashing en accusant les enseignants de racisme Dans le thread déjà évoqué, je reproduisais l’essentiel du manifeste fondateur du Front de Mères, le « syndicat » de parents d’élèves créé par Fatima Ouassak. L’objectif est clairement d’opposer les parents des quartiers populaires aux enseignants. Ce discours profite de la crise de l’école, qui remplit mal sa mission. Accuser les enseignants offre un dérivatif à l’inquiétude des familles. Ce phénomène est répandu, et instrumentalisé par de nombreux démagogues : Jean-Michel Blanquer, des éditorialistes médiatiques, des journaux de droite. Il s’agit ici d’un nouveau type de #profbashing, d’autant plus dangereux qu’il offre une grille de lecture biaisée aux familles des quartiers populaires. Accoutumées au racisme, elles peuvent y croire et s’opposer aux enseignants, au lieu de collaborer avec eux pour la réussite de leurs enfants. Il y a 20 ans déjà, le sociologue Stéphane Bonnéry évoquait le malentendu par lequel des élèves expliquaient leur échec scolaire par le racisme de leurs enseignants : "moins l'école donne de clés pour comprendre, plus les élèves cherchent les explications en dehors. Et le racisme ou la relégation existent dans la société." Si le texte essaie au début de nuancer en évoquant « certains » enseignants, il généralise très vite (« les enseignants », « l’école »). Il ne s’agit donc pas de dénoncer quelques moutons noirs, mais bien de stigmatiser l’ensemble d’une profession. J’ai eu l’occasion par ailleurs de montrer qu’au contraire, les professeurs résistent au virus de la haine raciste, que l’extrême droite recueille parmi eux des scores ridicules (moins de 3 %). Outre la confusion entre des origines ethniques et une religion (ce qui est curieux, au vu de la variété des religions présentes en France), on retrouve dans ce manifeste la critique islamiste de la laïcité. Celle-ci ne serait pas une protection pour les minorités religieuses, mais un outil discriminatoire. J’ai bien conscience des effet délétères provoqués par l’instrumentalisation réactionnaire de la laïcité. Toutes les idéologies (religions comprises) sont susceptibles d’être dénaturées par des extrémistes. Mais je trouve intéressant de retrouver la proposition fondamentale de l’Eglise catholique lors de la mise en place des lois laïques : une école sans Dieu est forcément une école contre Dieu. La force de ce manifeste est de partir de réalités objectives pour leur donner des explications mythiques. Il évoque ainsi des difficultés relationnelles avec les enseignants, qui ne sont pas propres aux parents dont l’origine étrangère est visible. Les sciences de l’éducation ont largement traité la question. De même, des méthodes statistiques prouvent que l’échec scolaire important vécu par les enfants d’origine immigrée s’explique par leur position sociale, et non par leurs origines. La régression logistique permet d'isoler l'effet pur d'une variable. Ce fait a été démontré depuis longtemps et confirmé par les derniers travaux du CNESCO[1] : Une critique mal ajustée du racisme contribue ainsi à l’ethnicisation des rapports sociaux. [1] Yaël Brinbaum, Géraldine Farges et Elise Tenret, « Les trajectoires scolaires des élèves issus de l’immigration selon le genre et l’origine : quelles évolutions ? » CNESCO, 2016. Un programme à méditer J’ai voulu vérifier le positionnement de la Primaire Populaire sur les questions scolaires. Après tout, le « Front de Mères » est une organisation amie, mais indépendante. Le site de la Primaire Populaire met l’accent sur quelques propositions consensuelles (le « Socle Commun »). Mais il renvoie aussi à des textes très détaillés élaborés sous son égide : Parmi ceux-ci, une brochure rédigée par l’équipe de la Primaire Populaire a attiré mon attention : Parmi les 39 responsables de cette brochure, on trouve les dirigeants de la Primaire Populaire, et d’autres personnes. Telle Nejwa Mimouni, présentée comme militante de Lallab, une association controversée de défense des droits des femmes musulmanes. Elle est connue pour une lettre à ses enfants métis, dont voici un extrait significatif : Cependant, les parcours militants sont une chose, le fruit de la réflexion collective en est une autre. Conscient du risque d’amalgame, j’ai lu le programme détaillé de la Primaire Populaire sur les aspects éducatifs. Heureusement, les outrances de Fatima Ouassak n’y ont pas leur place. Mais le choix des priorités, les propositions mises en avant me laissent dubitatif. La liberté pédagogique menacée La brochure évoque l’éducation dans son thème 13, avec un objectif : donner aux enseignants "les moyens nécessaires pour leurs missions et pour un apprentissage non discriminant et critique". Tout le monde à gauche approuve le combat contre les discriminations, évidemment. Mais jusque-là, ce qui était mis en exergue, en priorité absolue, c’était la lutte contre l’échec scolaire. Déplacer la focale vers la discrimination, n’est-ce pas sous-entendre que le problème principal vient de comportements racistes au sein du système scolaire ? Je suis curieux de découvrir à quoi ressemble en France cet « apprentissage discriminant » dont il faudrait se départir. A nouveau ce déplacement de la question sociale à la question raciale. Sur les quatre points du programme, les deux premiers témoignent d’une ignorance de ce qui est réellement enseigné. On y est habitué de la part de médias prompts à regretter la disparition du roman national. Hélas, une partie de la gauche s’adonne aussi à cette dénonciation. Cette fois, c’est l’esprit critique et surtout la colonisation qui serait occultée. Les programmes d’Histoire l’intègrent depuis les années 1970, mais passons... Cela dit, je sous-estime peut-être la novation induite par l’usage de la formule « récits anticoloniaux ». Car comme professeur d’Histoire, j’essaie de transmettre des connaissances scientifiques d’une manière adaptée à mon public, je me garde de la propagande, de ma propre subjectivité et des récits édifiants. Le plus original dans ce programme est incontestablement l’idée d’une formation des enseignants obligatoire et continue (ce qui signifie sans doute qu’elle sera répétée régulièrement). Aucun ministre de l’Education n’a osé aller aussi loin contre la liberté pédagogique ! Najat Vallaud-Belkacem a certes imposé des stages de propagande en faveur de sa réforme des collèges, mais sans les renouveler. Il est ici question de formations obligatoires, destinées à valoriser certaines pédagogies, dites alternatives. Si ma connaissance du champ me permet d’émettre quelques suppositions, je suis néanmoins curieux d’en savoir plus sur les bonnes pratiques pédagogiques prônées par la Primaire Populaire. Le programme n'évoque pas les reculs du système scolaire français dans toutes les comparaisons internationales. En revanche, il précise que l’objectif est de former les enseignants à la lutte contre les discriminations, encore une fois. Etant donné le contexte, j'ai tendance à y voir un formatage. Pourtant, j'approuve toutes les initiatives qui visent à améliorer le rapport de tous les élèves au système scolaire. Mais là, je m'interroge sur les implicites de cette priorité. Rappelons que la discrimination est formellement interdite en France, comme de nombreuses lois le stipulent. Si elle subsiste et si elle est vraiment le problème numéro 1 de l'école, n’en attribue-t-on pas la faute aux personnels ? Je ne vais pas extrapoler, mais mon sentiment est que, de hussards de la République, d’étendards de la gauche morale et humaniste, voilà les enseignants rétrogradés au statut de racistes à l’insu de leur plein gré. J’espère me tromper… Bien sûr, inviter une polémiste racialiste à une initiative ne signifie pas pour autant approbation de toutes ses positions. Pour autant, il existe bien une mouvance qui porte des thématiques décoloniales (ou indigénistes si on préfère). Mouvance divisée, notamment au plan politique [1], mais qui sait aussi se rassembler. Par exemple en soutien au local du Front de Mères, l’association de Fatima Ouassak. On trouve parmi les pétitionnaires Samuel Grzybowski, leader de la Primaire populaire (mais pas Mathilde Imer, co-fondatrice) et aussi Anna Agueb-Porterie, candidate à celle-ci (mais pas Christiane Taubira). Attac s’est fendu d’un tweet qui illustre bien l’argumentaire : si une association se proclame antiraciste et qu’elle est critiquée par un média d’extrême droite (Valeurs Actuelles est cité par la pétition, qui catalogue ainsi le Figaro et Marianne !), elle doit être défendue, quoi qu’elle dise. La logique de bloc autorise toutes les dérives. [1] Ces militants soutiennent autant Yannick Jadot, Christiane Taubira, Jean-Luc Mélenchon que Philippe Poutou. La lecture du site de la Primaire Populaire avait donc renforcé mes craintes. Celles-ci sont malheureusement confirmées par la parution samedi 22 janvier d'une pétition dans Libération. Remarquons que parmi les 40 signataires, c'est la Primaire Populaire et non le journal qui met en avant Fatima Ouassak. Il est grand temps pour la Primaire Populaire de corriger le tir et de lever toutes les ambiguïtés (par ex en indiquant quel est le statut des textes qu’elle produit en abondance). Sa principale candidate, Christiane Taubira, s’honorerait à intervenir en ce sens.

  • Philippe Watrelot : un manifeste pour la politique éducative post-2022

    Philippe Watrelot, « Je suis un pédagogiste. Gommer les clichés, pour construire une meilleure école », ESF sciences humaines, 191 pages La parole de Philippe Watrelot compte sur les débats éducatifs, pas seulement comme ancien président d’une association pédagogique renommée (le CRAP), mais aussi comme débatteur, influenceur. Un manifeste pour une politique éducative… Avec ce livre, il se lance dans l’arène du débat pré- élection présidentielle, sur le versant éducatif, pour lequel il présente ses options. Ce n’est donc pas un hasard si cet opus se conclue par une lettre aux candidats. Pour cela, il a choisi un format court, accessible au grand public. Très pédagogique (sic), son livre comprend un slogan par page et résume efficacement les grands débats éducatifs et les auteurs les plus importants. Philippe Watrelot a choisi de se proclamer « pédagogiste », utilisant un terme péjoratif mis en circulation par les adversaires de ses idées. Ce choix inédit est significatif à plusieurs niveaux : - en n’utilisant pas le terme traditionnel (« pédagogue »), Philippe Watrelot est modeste et précis : son livre ne présente pas la pédagogie active, mais promeut l’application au système scolaire d’une série de principes généraux qui en découlent, - en affichant sa volonté de retourner le stigmate, Philippe Watrelot s’inscrit dans un duel. Au fond, on comprend mieux son ouvrage si on connaît les thèses adverses… - La démarche de Philippe Watrelot est à la fois défensive (il répond longuement aux critiques, qu’il juge caricaturales) et offensive. La couverture, œuvre de l’excellent dessinateur Chéreau qui officie régulièrement pour le SGEN-CFDT, en témoigne. Même si l’on peut se demander qui pourrait se reconnaître dans le personnage du réac, dans cet épouvantail ? … réformiste Philippe Watrelot est de longue date une figure centrale du courant pédagogiste, entendu comme un ensemble de syndicats enseignants (Sgen-CFDT, UNSA-éducation), d’associations complémentaires de l’école (Ligue de l’Enseignement), de mouvements pédagogiques (Cercle de recherche et d'action pédagogiques déjà cité, ICEM-education Freinet etc.) et de personnalités (Philippe Meirieu étant le plus connu). Depuis les années 1970, ce bloc joue un rôle important dans la définition des politiques éducatives, notamment grâce à son alliance avec le Parti Socialiste. Philippe Watrelot incarne cette position réformiste, ce qui le distingue d’un autre ouvrage partisan des pédagogies actives, publié au même moment, par Laurence de Cock cette fois. Philippe Watrelot critique régulièrement les positions intransigeantes qui reviendraient à ne rien changer. Sans revenir sur le vieux débat réforme/révolution[1], je proposerai plutôt de distinguer l’aspect pragmatique (être un "réformateur") et l’aspect idéologique (être un « réformiste », de centre-gauche). Les principaux apports de cet essai Philippe Watrelot insiste à juste titre sur sa caractéristique de professeur de terrain, il a la volonté d’incarner ce qu’il propose. S’il est fier d’avoir présidé un Conseil national de l'innovation pour la réussite éducative et donc de connaître les arcanes de la rue de Grenelle, il n’a jamais abandonné son mi-temps au lycée de Savigny. Certes, il se distingue de ses collègues par un autre mi-temps comme formateur à l’INSPE, et appartient donc à la noosphère[2], mais on ne peut lui reprocher d’avoir des idées que les autres seront chargés d’appliquer. Cette appartenance à la culture professionnelle des enseignants, même lorsqu’il la critique, ressort d’ailleurs dans le livre. Je songe notamment à son insistance sur le pouvoir d’agir des enseignants, sa critique des injonctions paradoxales qui pèsent sur eux, les développements sur le malaise enseignant et les dangers du verticalisme de la rue de Grenelle. Incontestablement, ce livre dessine des convergences avec de nombreuses luttes. Philippe Watrelot a lu et intégré les apports d’Anne Barrère, Françoise Lantheaume, sociologues qui ne se laissent pas enfermer dans les clivages du monde enseignant. Il se prononce clairement pour une revalorisation de la profession sans condition, alors que le camp pédagogiste a longtemps critiqué la revalorisation des professeurs de 1992, au motif que Lionel Jospin n’avait pas obtenu en échange du SNES une redéfinition du métier. Les mots sont forts contre le mythe du tout- numérique, de l’outil qui remplacerait l’homme. Pragmatique, Philippe Watrelot ajoute que ce « serait un non-sens » d’évacuer le numérique de l’école, de ne pas préparer les élèves à ce monde nouveau (p. 56). Je souscris à ce point de vue. Mon chapitre préféré est consacré au métier, et note les trésors d’inventivité, d’adaptation, fournis pas les collègues. Philippe Watrelot ne sombre pas dans la désolation, il répertorie de nombreux cas d’enseignants investis. Ce constat est juste, mais l’on peut s’interroger sur le débouché de cette « révolution à bas bruit ». Pour l’instant, le pragmatisme l’emporte et les enseignants pratiquent une synthèse évolutive des différentes propositions pédagogiques, comme l’avait relevé l’équipe Escol[3]. Loin des grands débats de politique éducative, les enseignants privilégient le travail concret. Le maintien des clivages syndicaux La question syndicale parcourt le livre, ce qui est normal eu égard au poids du syndicalisme dans le milieu. L’auteur reste allusif, même s’il critique les organisations majoritaires. En réalité, ce n’est pas tant la principale Fédération (la FSU) qui est concernée que son puissant syndicat du second degré, le SNES. Certes, le diagnostic qu’il dresse est largement partagé par les membres du SNES-FSU, mais le conflit provient à mon sens de deux motifs : * sur le terrain, comme le confirment mes observations, ces syndicalistes éprouvent le souci d’une amélioration du système scolaire, mais ils refusent d’y sacrifier les intérêts enseignants. Ils combattent donc les propositions d’assouplissement du cadre national de l’enseignement, vues comme une dérégulation. Philippe Watrelot insiste certes sur l’autonomie démocratique comme condition d’une coordination des enseignants au niveau de l’établissement, mais en pratique beaucoup de militants s’en méfient, pour ne pas donner le pouvoir aux chefs d’établissement. * le SNES-FSU défend une modernisation d’une identité professionnelle percutée par la critique pédagogiste des disciplines scolaires et de l’individualisme. Certes, le livre est prudent sur ces deux aspects, mais il s’agit clairement d’enjeux conflictuels. Le rapport au pouvoir, une question centrale L’ambition affichée est de peser sur les futures politiques éducatives, donc plutôt sur les orientations de la « Centrale », tout en privilégiant une démarche bottom-up, partant de la base. Comment impulser sans imposer ? Cette question centrale est en partie éludée, avec un historique qui présente l’éducation nouvelle comme s’opposant depuis toujours au Ministère, oubliant que les « Cahiers pédagogiques » en sont une émanation, pour ne prendre que cet exemple. La relation entre le pouvoir éducatif et les pédagogistes est en effet ambivalente, et ne peut être comprise qu’au regard des luttes d’influence qui traversent les hauts fonctionnaires. De même, les sciences de l’éducation ont été institutionnalisées grâce à des soutiens officiels, tout en étant régulièrement dépréciées par les ministres de l’éducation (y compris par Claude Allègre !), leur fournissant un commode punchingball. Le camp pédagogiste ne peut se soustraire à un examen de son bilan en matière de politique éducative, même s’il n’est pas responsable de la manière dont ses idées ont été appliquées. La période Najat Vallaud-Belkacem est de ce point de vue emblématique, qui marque à mon sens une rupture dommageable avec celle de Vincent Peillon (j'en parle dans un article paru dans la revue « Année de la recherche en sciences de l’éducation »). La réforme du collège de Najat Vallaud-Belkacem : un modèle ? Comme moi, beaucoup d’enseignants du second degré ont gardé un souvenir cuisant du manque de concertation de la ministre. En arrivant au pouvoir, Blanquer a eu beau jeu de détricoter sa réforme du collège, si impopulaire. Philippe Watrelot assume son soutien à cette réforme. Celle-ci contredisait pourtant de nombreux postulats de son ouvrage : pouvoir renforcé du chef d’établissement, autoritarisme dans la mise en œuvre (réunions obligatoires de formation/formatage, passage en force)… Au nom de la lutte contre l’élitisme, la réforme s’est attaquée à des enseignements qui maintenaient la réputation de nombreux établissements prioritaires (allemand, latin etc.), faisant le lit de l’enseignement privé. La mesure phare de la réforme, l’interdisciplinarité, aurait pu faire consensus, car toutes les enquêtes montrent qu’elle jouit d’un soutien majoritaire. Mais elle se faisait sur la base de l’absence de volontariat dans le choix du collègue, créant ces « mariages forcés » entre enseignants que Philippe Watrelot dénonce pourtant lorsqu’il évoque les professeurs des écoles confrontés à l’enseignement simultané dans les classes de REP+ non dédoublées sous Blanquer (p. 120). Un dialogue à poursuivre J’ai rencontré Philippe Watrelot à l’occasion d’un débat organisé pour un podcast de Theconversation.com. Le dialogue avec lui et Béatrice Mabilon-Bonfils fut fécond : malgré nos divergences sur le comment, nous avions valorisé notre monde commun, nos valeurs progressistes (principe d’éducabilité des élèves, engagement pour la démocratisation du système scolaire, croyance en un rôle éducatif et émancipateur du travail enseignant…). Le livre de Philippe Watrelot insiste sur les désaccords avec d’autres enseignants, selon le fameux clivage « républicain/pédagogue ». Tous combattent pourtant la dislocation de l’école publique à laquelle Blanquer se livre méthodiquement (chapitre 7). Ce rapprochement sera-t-il une parenthèse ? A mon sens, l’enjeu principal est devenu la liberté pédagogique, menacée par l’autoritarisme managérial. Philippe Watrelot souligne à plusieurs reprises le danger de voir le métier enseignant transformé en « métier d’exécution ». Et si finalement, on tirait toutes les leçons de sa remarque : « Les discussions sur l’éducation sont souvent construites sur ces fausses oppositions et de cette pensée binaire alimentée par les médias » (p. 36) ? *** [1] Pour simplifier, les révolutionnaires, quand ils ne sont pas gauchistes, se battent aussi pour des réformes. [2] Concept d’ Yves Chevallard : l’ensemble des acteurs intervenant à l’intersection du système d’enseignement et de la société (les responsables d’associations pédagogiques et de parents, les chercheurs, la hiérarchie, les responsables syndicaux, les formateurs, l’instance politique décisionnelle…). [3] Laboratoire important en sciences de l’éducation, animé notamment par Elisabeth Bautier, Jean-Yves Rochex et Stéphane Bonnéry. Université de Paris 8.

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  • Interventions médiatiques| L. Frajerman

    MEDIAS Interviews régulières de Laurent Frajerman dans Le Monde, L’Express, Télérama, Médiapart, France info, Libération, 20 minutes, Le café pédagogique, Touteduc.fr, AEF , France Culture, La Croix, L’Humanité, l’AFP. ​ Interviews ponctuelles dans TF1, Le Figaro, Le Parisien, L'Obs, Alternatives économiques, BFMTV.com, Politico.eu, Radio France Internationale, francetvinfo.fr, Acteurspublics.fr, Radio Chrétienne de France, Radio Nova, ulyces.co, Les échos, Vousnousils.fr. Radio-Vidéo France Info, 11 janvier 2022, "Protocole sanitaire, grève" France Culture, Etre & savoir , 31 mai 2021, "La France manque-t-elle d'enseignants ?" France Culture, 4 03 2020, "déclassement enseignant" France Culture, Etre & savoir , 18 avril 2022, « L'éducation entre deux tours » Europe 1, club des idées , 3 juin 2021 , "Faut-il supprimer le bac ? " France Info, 5 février 2020, "E3C, esprit frondeur" Sud Radio, 31 août 2022, "L'autonomie des écoles" Débat, A l'air libre , Médiapart , 10 novembre 2020, "Les mobilisations au lycée" Interview, JT de 20 h, TF1 , 3 novembre 2019, 1'24, "Le résultat des évaluations en CE1" Engagement enseignant Interview « L’enseignement est un des seuls secteurs où la gauche est majoritaire et l’extrême droite très faible » AEF dépêche n°669853 , 18 mars 2022 Lire (€) Tribune Un militantisme pédagogique plus pragmatique, moins idéologique Animation & Education , n° 280, janvier-février 2021 Lire Interview Les syndicats enseignants corrigés par les "stylos rouges" ? L’Express , 8 janvier 2019 Lire Métier & politiques éducatives Tribune « Espérons que le nouveau ministre de l’éducation se rendra à l’évidence : tout ne peut pas se gouverner par les nombres » & 'Let's hope the new education minister will realize that not everything can be governed by numbers' Le Monde, 31 mai 2022 Lire (€) Interview « "Non, l'école n'est pas raciste" : un enseignant interpelle la Primaire populaire » L’Express, 27 janvier 2022 Lire Tribune Baccalauréat : Pourquoi il ne faut pas pérenniser le contrôle continu Le Monde , 23 juin 2020 Lire Mouvements sociaux Interview « Grève du 13 janvier dans l’Éducation nationale : “L’improvisation du ministère n’est plus acceptable aujourd’hui” » Télérama , 12 janvier 2022 Lire (€] Tribune Syndicalisme : "Nous assistons à la résurgence du mythe de la grève générale" Le Monde , 8 janvier 2020 Lire Tribune Grève du 5 décembre chez les enseignants : "un chiffre officiel sous-évalué " Le Monde , 9 décembre 2019 Lire Engagement enseignant Article Elections professionnelles : Les raisons d'une faible participation Le cafépédagogique , 6 décembre 2018 Lire Interview Macron saura-t-il attirer le vote enseignant comme Bayrou en 2007 ? Libération , 6 mars 2017 Lire Interview "Dans l’éducation, comme ailleurs, chaque génération invente ses propres modes d’action" Le Monde , 18 février 2019 Lire Interview Les élections chez les enseignants montrent une mobilisation de l’électorat de droite Le Monde , 5 décembre 2014 Lire Métier & politiques éducatives Interview « Salaire des profs : “Une bonne nouvelle... si ça ne concerne pas qu’une fraction des enseignants” » Telerama.fr , 27 juin 2022 Lire (€) Interview Bac 2020 : “Les profs veulent surtout que leurs élèves ne soient pas pénalisés” Telerama.fr , 7 avril 2020 Lire Article Des profs déclassés ? Sciences Humaines , avril 2020 Lire Tribune L’accompagnement, un levier pour enrichir les pratiques enseignantes l’Humanité , 7 mai 2013 Lire Mouvements sociaux Article Mouvement contre la réforme des retraites : les paradoxes de la combativité enseignante Internationale de l’Education , 29 septembre 2020 Lire Tribune « La défiance des enseignants envers leur ministre est un handicap pour ses réformes » Le Monde , 8 décembre 2020 Lire Interview Grève dans l'éducation : « Jean-Michel Blanquer est de plus en plus impopulaire chez les enseignants 20minutes , 12 novembre 2018 Lire Interview On peut parfaitement produire des statistiques fiables sur les grèves La lettre de l’éducation (Le Monde), n°874, 15 février 2016 Lire Radio-Vidéo France Info, sept 2018, suppressions de postes Fondation Péri, juin 2009, "Évolution du métier enseignant" Le bac, Radio Chrétienne de France, 8 juin 2022 Enseignant_plusieurs_métiers_une_constante_évolution_Fondation_Gabriel_Péri_20090616_LFrajerman Play Video Toutes les vidéos Watch Now Share Whole Channel This Video Facebook Twitter Pinterest Tumblr Copy Link Link Copied Share Channel Info Close RFI, 5 dec 2018,"malaise des profs en Europe" Podcast TheConversation, 18 septembre 2017 Réformer ou transformer l’éducation ? , débat Laurent Frajerman, Philippe Watrelot et Béatrice Mabilon-Bonfils Engagement enseignant Interview L’engagement des enseignants : entre mutation et continuité U & A Enjeux , n°268, mars 2021 Lire Interview Militens , une enquête sur l’engagement enseignant L’Ecole Emancipée , n° 76, mars 2019 Lire Grand entretien La FEN se posait en modèle d’une future réunification US Mag , n°741, mai 2014 Lire Grand entretien Regard sur l’histoire de la FEN Le SNESup , n°624, avril 2014 Lire Métier & politiques éducatives Tribune Le phénomène #pasdevagues doit sa force à l’agrégation de colères hétérogènes Le Monde , 14 novembre 2018 Lire Interview Pour une majorité de professeurs, le chef d’établissement incarne un rôle administratif La lettre de l’éducation (Le Monde) , n°963, 10 septembre 2018 Lire Mouvements sociaux Interview On est passé de 660.000 journées de grève sous Sarkozy à 150.000 sous Hollande 20 minutes , 25 janvier 2016 Lire Interview Grève dans l’éducation : « Un appel unitaire encourage les grévistes réguliers à participer » Le Monde , 12 novembre 2018 Lire Interview Une grève réussie des enseignants peut enclencher une dynamique contestataire 20 minutes , 10 octobre 2017 Lire Interview On n’est pas dans une révolte généralisée Libération , 15 novembre 2013 Lire Interview La réforme cristallise une déception plus large des professeurs des écoles Le Monde , 11 février 2013 Lire Interview Réforme du collège : « les enseignants ne se sentent pas écoutés vousnousils.fr , 1 juin 2015 Lire Article De l'éducation populaire à l'animation périscolaire Sciences Humaines , n° 307, octobre 2017 Lire (€) Article Parcours historique. L’école de la coéducation L’école des parents , n°581 (spécial 60e anniversaire ), novembre 2009, 10-13 Lire Article Parents-école-élèves. L’entente conflictuelle L’école des parents , n°581 (spécial 60e anniversaire ), novembre 2009, 72-75 Lire Article Cours d’instruction civique. L’école de la dialectique L’école des parents , n°565, juin-septembre 2007, 49 Lire

  • Engagement enseignant, politiques éducatives | L. Frajerman

    Laurent Frajerman Engagement enseignant & politiques éducatives Entre hussards de la République et #profbashing , les enseignants suscitent mythes et controverses, en raison de leur militantisme ancré à gauche, de la force de leurs mobilisations et de leur syndicalisme. Ce site offre des ressources variées pour comprendre les enseignants et leurs modes d'engagement : Avec des publications de format différent : du tweet au livre, en passant par des articles, radio... Avec des analyses qui relèvent de la recherche, mais aussi de l'expertise (médias , blog , tweets ) Sur trois thématiques : Engagement enseignant , Métier & politiques éducatives , Mouvements sociaux Depuis la genèse du syndicalisme (Troisième République) jusqu'aux enjeux contemporains ​ ​ Laurent Frajerman Mar 8 7 min Vote et positionnement politique des fonctionnaires : un glissement à droite inéluctable ? Laurent Frajerman Jan 20 6 min Primaire Populaire, accusations de racisme contre les enseignants & liberté pédagogique Laurent Frajerman Aug 31, 2021 6 min Philippe Watrelot : un manifeste pour la politique éducative post-2022 #culture professionnelle #pédagogie #métier #statut #éducation populaire #identités collectives #grève #syndicalisme #management #politique Engagement enseignant L’engagement des enseignants : entre mutation et continuité Enjeux UA : Vous analysez l’engagement des enseignants dans une perspective socio-historique, avec des travaux portant sur l’ensemble du XXe siècle. Quel est son trait saillant ? Laurent Frajerman : Incontestablement le surengagement, que ce soit sur le plan de la conflictualité, du taux de syndicalisation, de la participation à de multiples organisations. Ce n’est pas spécifique à notre pays. Dans le monde entier, les enseignants sont à la pointe des mouvements sociaux, du fait notamment de leurs faibles salaires, de leurs compétences et de leur choix d’un travail pour autrui. L’engagement est consubstantiel au métier, ce qui explique sa corrélation avec le niveau d’intégration au monde de l’éducation nationale. Enfin, les caractéristiques du travail enseignant ont très tôt favorisé un militantisme non militaire, ouvert à l’expression des individualités. Paru dans "Enjeux" n°268, mars 2021 Radio-Vidéo France Info, 11 janvier 2022, "Protocole sanitaire, grève" France Culture, Etre & savoir , 31 mai 2021, "La France manque-t-elle d'enseignants ?" Débat, A l'air libre , Médiapart , 10 novembre 2020, "Les mobilisations au lycée" France Culture, 4 03 2020, "déclassement enseignant" France Culture, Etre & savoir , 18 avril 2022, « L'éducation entre deux tours » Europe 1, club des idées , 3 juin 2021 , "Faut-il supprimer le bac ?" Interview, JT de 20 h, TF1 , 3 novembre 2019, 1'24, "Le résultat des évaluations en CE1" France Info, 5 février 2020, "E3C, esprit frondeur" Ouvrages Présentation et livre gratuit Comment expliquer le succès actuel de la FSU et son imprégnation paradoxale par la culture syndicale créée par la Fédération de l’Education nationale ? Il faut revenir à la IVe République, dans une période marquée par l’essor du communisme en milieu enseignant et par la mise en place d’un modèle syndical original. Syndicat de masse et à bases multiples, réformiste, la FEN joue en pleine guerre froide un rôle de médiation entre la CGT et FO, participe à la gestion du système éducatif en y représentant les identités professionnelles. La FEN instaure un mode de gestion du pluralisme interne officialisant les tendances, tout en combattant fortement la minorité favorable à la CGT (le courant unitaire ou Unité et action). Or, loin d’incarner une alternative révolutionnaire, le courant unitaire constitue une version musclée de ce modèle. Qu’a-t-il apporté à la majorité réformiste de la FEN, en quoi a-t-il en retour été influencé ? Quel aspect prime dans les interactions à l’œuvre entre ces frères ennemis : l’idéologie, la profession, le niveau de militantisme ? Ce livre, fruit de 20 ans de recherches, croise sources orales, archives inédites et une abondante littérature militante. Il analyse finement la cohabitation de deux cultures syndicales dans la FEN (celle des instituteurs du SNI et des professeurs du SNES), l’articulation entre les structures locales, nationales et fédérales... Les pratiques militantes sont autant explorées que les discours. ​ Des clés pour comprendre le syndicalisme enseignant , d’hier comme d’aujourd’hui. Les enseignants sont réputés pour la récurrence et la force de leurs grèves . Pourtant, ils doutent de son efficacité. Quel bilan tirer des différentes grèves enseignantes ? Penser et faire l'école. Un dossier éclectique de la revue La Pensée réunissant les points de vue d'Antoine Prost, Anne Barrère, Jérôme Deauvieau, Guy Coq, Christian Laval, Stéphane Bonnéry, et moi. Présentation et introduction Présentation et dossier gratuit L'ouvrage de référence sur l'histoire de la Fédération de l’Éducation Nationale. Avec une bibliographie complète, des documents d'époque et un guide des sources. Présentation et livre gratuit

  • tribune Le Monde sondage FSU | Laurent Frajerman

    Tribune dans Le Monde , 8 décembre 2020 ​ « La défiance des enseignants envers leur ministre est un handicap pour ses réformes » Sondages à l’appui, le spécialiste de l’engagement enseignant, Laurent Frajerman, évoque, dans une tribune au « Monde », l’évolution de l’état d’esprit des enseignants et leur « rejet global » des réformes engagées par Jean-Michel Blanquer. En lançant le Grenelle de l’éducation, le ministre de l’Éducation nationale affichait de grandes ambitions pour redéfinir le métier enseignant. En théorie, il peut s’appuyer sur la préoccupation des intéressés sur l’état du système éducatif et leur demande récurrente de profonds changements. Celle-ci s’accompagne paradoxalement d’une satisfaction dans leur travail pour 71 % d’entre eux, nous rappelle encore une fois le sondage Ipsos pour la FSU sur l’« état d’esprit des personnels de l’éducation nationale et des parents d’élèves », paru le 1er décembre. Le bilan de Jean-Michel Blanquer et son appétence pour les modèles scolaires du Québec et de Singapour laissent à penser que le ministre aimerait surtout passer d’un modèle de professionnalité dit du « praticien réflexif », autonome et hautement qualifié, à celui du technicien de l’enseignement, qui met en œuvre des protocoles imaginés par des experts, sous le contrôle d’une chaîne hiérarchique renforcée. Ce projet est inscrit à l’agenda ministériel depuis longtemps, notamment avec le rapport Pochard, dès 2008. Toutefois, les prédécesseurs de M. Blanquer ont échoué à le mettre en œuvre. On notera par ailleurs que celui-ci a euphémisé son discours sur le sujet dans les derniers mois. Le sondage Ipsos/FSU montre en effet clairement l’hostilité de la profession à l’égard de la politique engagée. Les non syndiqués plus sévères Les enseignants du secteur public estiment que les réformes de Jean-Michel Blanquer sont inutiles pour les élèves (71 %), vont dans le mauvais sens (72 %) et en prime augmentent leur charge de travail (75 %). Ce rejet global était évident parmi les enseignants engagés, mais l’opinion des plus modérés, des « jamais grévistes », n’avait pas été testée. Or les non-syndiqués sont plus sévères que les syndiqués dans ce sondage. Outre leur désaccord avec sa politique, 23 % seulement des enseignants lui font confiance pour prendre en compte leurs attentes. Initialement pourtant, il suscitait de l’espoir quant à sa capacité à mettre en place les réformes nécessaires, pour 45 % des professeurs certifiés et agrégés interrogés en2018 ; désormais, 73 % de ces derniers jugent que sa politique va dans le mauvais sens. Aucune organisation, Avenir lycéen excepté, n’a pleinement défendu ses réformes. Cette défiance envers le ministre est un handicap pour ses réformes. La redéfinition du métier est présentée comme une contrepartie aux efforts financiers de l’Etat, rebaptisée démarche « gagnant-gagnant ». Or, le plan annoncé à la mi-novembre par Jean-Michel Blanquer n’est pas vu comme une « revalorisation » par les principaux intéressés (74 % sont « insatisfaits », dont 40 % « pas du tout satisfaits ») ; 78 % d’entre eux jugent essentielle une « autre » augmentation de leur rémunération (et 20 %, qu’elle soit importante). Il paraît loin ce temps où, en2006, 56 % des enseignants se satisfaisaient de leur rémunération et 46 % y voyaient même une reconnaissance de leurs efforts et compétences. Appartenant aux classes moyennes, ils s’estimaient mieux lotis que beaucoup de parents d’élèves. Depuis, ils ont perçu leur déclassement salarial, qui ne provient pas d’un moindre travail : l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a calculé, en2018, que le salaire horaire d’un enseignant français du premier degré doté de quinze ans d’ancienneté est 30 % plus faible que pour la moyenne des pays membres. Dix ans de gel du point d’indice, des primes très inférieures à celles des autres fonctionnaires pèsent sur leur pouvoir d’achat. En début de carrière, ils sont désormais éligibles à la prime d’activité, réservée par l’Etat aux bas salaires. Individualisation des rémunérations. Comment répondre aux revendications enseignantes sans augmenter nettement le budget de l’éducation nationale ? L’individualisation des rémunérations, qu’a sous-entendue le ministre dans plusieurs prises de parole, est la réponse classique, économe (puisque tous les personnels n’en bénéficient pas), et qui facilite les mesures managériales. Cela induirait une modification de l’évaluation et de la carrière des enseignants. Certes, leur rémunération est individualisée depuis longtemps : la Cour des comptes avait calculé en2013 qu’entre les professeurs certifiés ayant quinze ans d’ancienneté, la rémunération nette variait de 50 %, une différence de 18 % étant imputable directement à l’avancement (4544euros par an). Toutefois, ces écarts ne servaient guère de leviers à la main de la hiérarchie, puisqu’ils provenaient de critères administratifs, en partie indépendants d’elle (fréquence des inspections, place au concours, etc.). Sur le papier, cette idée peut répondre à la revendication d’une reconnaissance objectivée de son propre mérite, dans un contexte social d’« individuation », où le collectif doit être au service de l’affirmation de chacun. Le sondage montre que si seuls 16 % des enseignants se montrent « favorables à l’application » de l’individualisation des salaires, la majorité ne s’oppose pas au principe même de cette individualisation. Ceci s’explique par l’ambivalence d’une grande partie du corps, qui s’interroge : « En pratique, qui va juger que je suis digne d’une augmentation, sur quelle base ? » ; 52 % expriment cette méfiance sur l’application d’un principe auquel ils agréent pourtant, estimant qu’il ne sera pas correctement mis en œuvre. En demande de cadre sécurisant Pour les enseignants, cet usage du principe de précaution est indissociable du jugement sur le pouvoir hiérarchique. La hiérarchie de proximité (chefs d’établissement, inspecteurs) est beaucoup plus populaire que le sommet de la pyramide. Dans plusieurs enquêtes, elle est classée en dernier parmi les facteurs qui rendent plus difficile l’exercice du métier. Si les occasions de friction, voire de conflit, ne manquent pas, les enseignants sont en demande de cadre sécurisant, espéré comme un renfort dans l’exercice d’un métier de plus en plus complexe. Dans le sondage Ipsos, on en trouve la trace dans l’approbation de l’action des chefs d’établissement et inspecteurs pendant la crise sanitaire (65 % de satisfaits). Cela dit, toutes les tentatives d’extension de l’autorité des chefs directs des enseignants se heurtent à une hostilité : en2012 déjà, 79 % des enseignants rejetaient l’idée de pouvoirs renforcés, notamment en matière de recrutement ou de notation. Les enseignants, généralement réfractaires aux décisions verticales, approuvent d’autant plus leur hiérarchie qu’elle a peu de prise sur eux. Aujourd’hui, 83 % d’entre eux jugent essentielle leur autonomie pédagogique, tout en l’articulant avec la nécessité d’un cadre institutionnel. Mais leurs priorités sont claires : 51 % ne jugent pas « essentiel », mais seulement « important », de s’assurer qu’ils mettent en œuvre les recommandations de leur hiérarchie et des experts. Décidément, bousculer cette culture professionnelle serait une gageure. Laurent Frajerman

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